Les Carnets du dictateur, le Monomaniaque I

Publié le par Jovialovitch

17 de février  

 

            Les obsèques de mon ministre de la paix eurent lieu hier pour le plus grand plaisir de mon ministre de la guerre qui s’était vêtu des plus belles redingotes qui soient pour l’occasion. La cérémonie fut fort décevante, ennuyeuse et le temps noirâtre n’ajoutât rien à l’affaire ; il aurait mérité que je ne lui accorde pas même ma présence. La confusion régnante avait laissé place à la polémique ; cet homme n’avait-il pas gagné la guerre puisque sa mort avait imposée la paix ? entendait-on mugir dans les chaumières. En même temps la guerre qu’il avait provoquée par sa seule imprécation n’était-elle pas la preuve claire, irréfutable, de son incompétence ? Peu importe car je me souviens soudainement que le devoir m’appelle. Il faut en effet que je procède à un interrogatoire sur celui que l’on nomme l’Etranger et qui s’est décidé à parler juste avant que mort s’ensuive.

            Le voilà assis, ligoté sur une chaise sous mes yeux. Son visage est pâle, son nez trouve son aboutissement dans une harmonie spectrale d’allongement pointu relevé telle la chaussure médiévale. Ma vaste érudition me fit songer au caractère satanique de ce genre de créations pointilleuses. Sa bouche extravagante nourrit une impression de ridicule par lui-même inspiré. Sa coiffure est hirsute et perpétuellement hérissée. Ses yeux sont plissés et dessinent des horizons de pays lointains après coucher de soleil. Ses pupilles sont semblables à la formation lenticulaire de nuages noctulescents. Il m’apparu soudainement terrifiant. « Quel est votre nom ? » il ne dit rien bien que ses eux me fixaient. Je détournai le regard et répétait : « Comment vous appelle-t-on ? » Il baissa la tête et baragouina : « Le mohohnniahnac » « Le quoi ? » « Le Monomaniaque ! » Nom de Dieu ! me dis-je, Le Monomaniaque !

            Après un silence monumental, je fus saisi d’un éclair de lucidité : « Eh bien, que voulez-vous ? » Son regard effroyable s’assombri : « ….je…….cela fait longtemps que je…..que je vous observe de le fenêtre de ma chambre………je…je crois que je….je vous aime, vous êtes mystérieux, je veux que vous m’ameniez loin, sur les Tropiques, je veux que vous marquiez ma vie pour toujours. » « Vous savez très bien que c’est impossible, Monsieur le Monomaniaque. » « Mais…pourquoi ? » Je dis : « Il y a déjà dans ce bas monde un être que j’aime, follement ! » Le regard du Monomaniaque parut vertigineux, un bouillonnement de haine s’attisa en lui, l’éruption parut imminente ; il pensait : « Qu’il m’avoue qui est celui qu’il aime follement afin que je l’abatte comme un chien ! » Et il dit : « Avouez-moi qui est celui que vous aimez follement afin que je l’aba……afin que… » Si à la vue de sa ferveur convulsive, l’amour du Monomaniaque ne faisait pas l’ombre d’un doute, mes instincts n’étaient pas le moins du monde animés par sa présence. « Je ne vous aime pas. » Il se baissa, saisi une fermeture-éclair dissimulée sous sa voûte plantaire, et ouvra ses habits, des pieds à la tête. Une femme m’apparue alors. Nue, ses formes étaient assommantes. De son ancienne physionomie de Monomaniaque ne restait que les yeux terrifiants. « Je savais bien que ces yeux avaient quelque chose de féminin ! » que j’me dis. « Vous savez, dans le passé, j’ai pu dire des choses que je ne pensais pas. Incroyable, non ? Aussi, voudrais-je vous signifier aujourd’hui, que je porte pour vous l’amour le plus brûlant qui soit et que m’on phallus en est fort esbaudi. Voulez-vous le voir ? » Elle recula et adopta un sourire particulièrement marqué sur la joue gauche. Mais en vérité je m’en foutais. D’ailleurs sa nudité fit détourner mon attention. Elle exécuta trois pas de danse et s’approcha de moi en produisant d’immenses enjambées. Et elle me susurra : « Quel est donc l’être que vous aimiez tant ? » Je ne répondis pas. « Eh bien ? » Elle agitait son corps et je manquai défaillir face à la tentation corporelle insupportable. Et j’éjaculai la réponse : « Moi ! » « Vous ? C’est vous que vous aimez follement ? » « Eh bien, oui, c’est Moi ! » Elle se baissa, saisie une fermeture-éclair dissimulée sous sa voûte plantaire, et ouvra son corps, des pieds à la tête. Le Monomaniaque m’apparu alors.

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