Les Carnets du dictateur, vingt-troisièmes préludes

Publié le par Jovialovitch

22 de janvier 

 

            C’est ce matin que je redevins moi-même de retour de cette croisière dérobée et tumultueuse, pleine de bruit et de fureur ; je longea les côtes de la béatitude et parvenait enfin sur la Mer de la Tranquillité dont j’eus privilège à en voir les tourments. Ce voyage délicat et inactuel, apaisa ma hargne quotidienne, stimulant l’oisiveté chérie, le repos qui n’eut pas même le temps de devenir ennui car je fis une rencontres des plus déterminantes, peut-être fatales. Tandis que je me revois étendu en maillot de bain rouge, décuplant mon délassement sous les ombres saugrenues d’un journal diplomatique, m’apparu une clocharde à moitié vêtue ou dévêtue pour les plus optimistes d’entre vous, dont l’allure générale n’inspirait guère que le dégoût le plus profond. Pourtant cette jeunette qui feint m’ignorer ou peut-être qui m’aperçu simplement point, exerça sur moi une certaine fascination. Ne la quittant plus des yeux, son désintéressement tragique et son agressivité contenue derrière l’arrogance de ses yeux noirs, obscurément, me firent oublier l’ignominie lâche de sa catégorie sociale précaire. Une fille d’ouvrier, me dis-je un instant avant d’être porté par le désir ardent de la séduire. Je m’approchais de cette carcasse humaine m’efforçant de ne pas humer l’air moribond qu’elle dégageait et avec un sourire de demi-teinte, je fixais avec tension le black de ses yeux. Insensible, j’adoucis alors mon regard qui devint romantique. Peu convaincue, elle beugla malgré tout un grossier : « Ben qu’est-ce qui veut celui-là, il a un problème ce bon gros connard !? » avec un accent délicatement primitif et vulgaire. Je notais tout de même l’utilisation non anodine de « connard », synonyme d’une évidente tendresse affective pour moi. Je luis saisis délicatement la main et lui la serra énergiquement. Le contact de sa peau brûlante fit battre mon cœur épris. « Tu veux me tirer ou quoi ? » me dit-elle. Je compris à cet instant qu’il était tant de conclure. La soirée fut torride, rarement j’avais atteint un tel degré de furie sexuelle et de déchaînement furibond ; toute la nuit je m’acharnai sur la gamine et en oubliait presque mon impuissance. Mais ce que je retiens de cette histoire, c’est bien mon génie séducteur dont les pouvoirs avaient eut un effet insoupçonné sur cette nymphomane.

            La journée suivante, je ne la vis point. Ce fut la nuit suivante qu’elle m’apparut. Son visage avait changé. A y réfléchir, je ne saurais dire pourquoi. D’ailleurs aucune raison ne pousse à croire cela. Finalement son visage n’avait pas changé ou alors juste un peu. Enfin elle arriva et ne me laissa point le temps de parler : « Si vous voulez savoir où j’étais et qu’est-ce que je branlais, eh bien faites-moi refouler !» parla-t-elle. « Comme vous avez raison. Mais n’est-ce pas l’œil de la béatitude que vous arborer là ? » Elle ne daigna point répondre. Je me levais de mon lit sur lequel avais-je posé mon échine despotique et lui saisit les mains avec une sorte d’automatisme. A la surprise de mon cœur épris, elles étaient glacées. Bon dieu, que j’me dis. Un voile qui peignait mes yeux parut se retirer. Une sorte d’éclaircissement se fit, l’horizon devint clair et lucide. Le visage de la fille se troubla et m’apparut Frédéric François qui souriait nettement d’une lippe figée. Que se passait-il ? Mon visage devint d’effroi, où était la fille ? je tenais toujours ses mains glacées ; je tremblais sous l’incompréhension. Il me dit alors : « Vous n’auriez pas vu Frank Michael ? » Je m’esclaffa bruyamment et hurla à la mort.

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