Grand saut vers la Mouscaille

Publié le par Jovialovitch

moline.jpg    Ils sont tous les deux là… Raymond et Lucette… Dans leurs appartements HLM qui tombe en ruine… Avec tapisserie verdâtres bariolées de motifs seventies du plus mauvais goût, meubles poussiéreux et sciure de première qualité, autoroute bruyante en dessous d’une fine fenêtre qui n’offre comme vue qu’une crapoteuse zone industrielle décrépie, moquette cendreuse et lacérée, absence flagrante de peintures ou d’enjolivures un tant soit peu décoratives, manque insensé de pièces et d’aménagements… Raymond est Lucette vivent dans le laid, il le respire, ils en crèvent, du laid qui les entoure… Ils en deviennent disgracieux eux-mêmes, de ce laid omnipotent. Le laid : c’est devenu, avec le temps, le fin fond de leur pulpe… LAID…

     Raymond est ouvrier : sa vie ? La perdre… Pourquoi faire ? La gagner… Son boulot est une horreur, il est peut-être l’un des derniers vestiges du prolétariat, l’ultime personnalité qui se reconnaitrait en lisant le Capital, ce qu’il ne fera jamais par ailleurs… Lucette, est au chômage… Elle faisait des ménages, chez des vieux… elle s’avait y faire, avec la crasse…et les vieux… Mais voilà : son entreprise a mit la clé sous la porte, et aujourd’hui, elle passe plus de temps à l’ANPE que dans son lit… Raymond et Lucette sont laids, fatigués, et naturellement, ils sont pauvres… et puis, pour tout dire… ils sont malheureux…  

      Raymond n’aime pas son métier… Il passe des journées entières à accomplir une tâche qu’il abhorre, sans volonté, sans énergie, sans aucune joie… Personne, n’importe comment, ne peut aimer son métier… ce n’en est pas un… C’est une tâche, son métier, rien de plus… Dans tous les sens du terme… Lucette, elle est au chômage, elle ne se sent pas utile, elle se sent exclue, elle se sent honteuse de ne pas ramener un salaire alors que son mari se démène à l’usine… elle se sent nulle… pauvre… un boulet pour tout le monde… Quand ils se retrouvent seuls… ils pleurent… comme des enfants qui ont mal… Raymond, c’est devant la télé, quand Lucette est couchée… De regarder ça, ça lui en retourne toute les trippes, il en pleure, grimaçant, mais silencieux et immobile… Y’a que ses yeux qui pleurent, pas le reste…. Lucette, elle pleure quand Raymond est à l’usine… elle sait qu’elle est vieille, qu’elle est laide, qu’elle n’a aucune diplôme… elle sait qu’elle ne trouvera rien… qu'elle a loupée le coche... définitivement...

      Un samedi soir…ce genre de soir où, à la télé, les gens dansent est font les fous devant les auditeurs les plus misérablement isolés…. Raymond et Lucette discutait de ces salauds de riches, qu’avait tellement de pognon, qu’ils s’avaient même pas quoi en foutre, alors que eux, ils arrivaient point à rejoindre les deux bouts… Ces cons là de bourgeois, comme ils avaient les moyens, ils se faisaient chier : vu qu’ils ne voulaient plus rien ! Ah ! Raymond et Lucette, ils étaient bien contents ! Ordures de riches : ils s’ennuient les riches… Ah, ça alors, ça leur a fait du bien… Et puis après, ils ont dit en même temps comme ça : « C’est bien connu, que l’argent ne fait pas le bonheur ! » alors, ils se sont regardés… un long moment… dans le fond des prunelles, comme jamais… et, ils se sont tu…

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Publié dans Nouvelles enivrées

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L
j'aime beaucoup celui là, tant au niveau du style que de ce qui est dit. J'adore la fin... Bien dit, bien vu...
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L
Jadis ma mère avait entendu de son père (après un refus) "reste dans ta misère"<br /> Bizarre comme les mots ne s'oublient pas!<br /> Le plus grand remède c'est de ne jamais ETRE SEUL (e).<br /> Riche ou pauvre : La plus grande souffrance c'est la solitude...
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P
C'est le genre de textes FORMIDABLE qui me mine. je suis Lucette et Raymond, je suis leur tapisserie moisie, leur crasse et leur ennui, leurs larmes, leur vide.<br /> Merci Jovial,il faut le dire tout ça.
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