Fafouette : Vingt-et-unième - Le "sentir-vivre"
Tandis que semble s’abattre sur le monde la lénifiante bêtise de ceux qui l’habite, moi, Fafouette, chancre maudit de la philosophie occidentale, je vais vous expliquer, en ce nouveau cours aussi magistral que magistral, une théorie qui m’est propre, et dont la fierté qu’elle me procure n’a d’égale que le bonheur jussif que j’ai à vous la raconter… Mais avant de vous dévoiler platement le nom est l’essence didactique de ce concept platonisé, convenons, tel les cancres hippophagiques de jadis, d’une chose qui est aussi fondamentale que bassement romantiques, période française de la bataille (1820-1830)....
Car en effet, n’est-il pas vrai qu’en ce monde, des gens, peut-être vous mes chers élèves, vivent sans véritablement s’en rendre compte… Ce sont des gens qui vivent en regardant la vie passer devant leurs yeux, comme un vaste film en trois dimension qui manque un peu de rythme, d’action et de jolies filles affriolantes… Ces gens-là n’existent pas… ils vivent juste… Ce sont des barques abandonnées, des péniches à la dérive sur un long fleuve tranquille, qui regardent défiler la berge, sans pouvoir s’en rapprocher… Et ils ne sont là, au fond, que par leurs sens… Ils voient leur vie, ils la sentent, la touchent, l’entendent, la goûtent… Mais ils n’ont aucune prise sur elle… Leur existence, ils ne la contrôlent pas… Et ils semblent comme blasés par le cycle incessant des jours, et ne remarque même plus l’univers en marche qui les entoure… Ils sont déconnectés, ils oublient qu’ils vivent, et surtout, ils oublient qu’ils vont mourir un jour, et que ce serait con de s’en aller déposer le bilan chez le vieux barbu en ayant rien fait d’autre que regarder passer les jours (bien qu’au fond, toute action de leur part, comme pour leur semblable mortels, soit d’une vaine futilité)...
Or, quoi de plus désolant que de ne pas se sentir vivre autrement que par nos yeux, nos narines, nos doigts, nos oreilles ou nos langues ?… Pour vivre, que dis je, pour exister, pour se sentir vivre autrement que dans la basse constatation sensible, il faut influencer le monde qui nous entoure… Alors c’est sûr, il s’agit d’avoir sur lui un minimum de prise… ne pas faire que le subir… s’y tenir droit, debout, et dedans…ce qui est particulièrement difficile… C’est un peu comme la musique : il y a ceux qui l’entendent, et ceux qui l’écoutent… Et là, pour se sentir dans le monde, et non pas en face ou devant le monde, pour écouter la musique, et la vivre dans ses plus infimes variations schubertiennes, chacun à sa méthode : certains, vont dans les bois, se foutent furieusement à poil, gambadent joyeusement dans les fougères en hurlant à tue-tête le prologue de Paillasse : c’est un choix !
Toujours est-il qu’en ce qui me concerne, pour me sentir-vivre, j’écris ces cours, et j’en suis tout coruscant !