Les Carnets du dictateur, vingtièmes préludes
17 de décembre
Dur sont les matins, lorsque je m’éveille d’un sommeil inexistant, d’une nuit blanche teintée d’ombres noires, spectres malheureux de mes rêveries démoniaques. Voilà que je ne dors plus, je ne m’aliment guère, je ne bois plus……..d’eau, mes journées se résument monotonement à la contemplation désabusée de l’inertie des choses et à la fascination de mes murs blancs dont la teneur ne sont pas sans m’évoquer mes séjours psychiatrique. A fixer ces parois pourtant vierges, je m’aperçois des terribles disparités qui s’exsudent comme si le blanc n’existait finalement pas, et ça, c’est intolérable !
Voilà plusieurs jours que j’ai hésité à reprendre la plume, sans doute trop occuper dans mon oisiveté, quoique un évènement majeur allait bousculer ma lente et interminable progression vagabonde et lui ajouter une connotations aux élans picaresques. Pourtant, jamais la direction de mon empire totalitaire n’avait été plus menacée qu’en ses temps maudits. J’avais eu cette chance d’offrir une totale confiance et mes hommes ne semblaient pas suffisamment élevés intellectuellement pour douter de mon emprise despotique. Et je suis le responsable de cette déchéance. J’ai en effet l’impression que rien ne fonctionne plus depuis mon exil physique et cérébral, pourtant, déjà auparavant rien ne dépendait vraiment de moi. J’ai reçu un certain nombre de visites depuis que j’ai décidé de demeurer dans mon lit durant une année. Certes je ne m’occupe vraiment plus de rien, mais je ne m’en préoccupe plus. Mon seul et ultime divertissement se trouve être Les feux de l’amour que je ne manque sous aucun prétexte au risque d’en perdre l’équilibre stationnaire de mon état général.
Ce matin, j’ai reçu une nouvelle menace de mort d’un homme fortement déçu, qui souhaitait ma mort qui serait bénéfique à la race supérieure. Je lui répondrais plus tard. Car surtout, j’ai reçu la visite d’une charmante jeune fille au cul furibond. Immanquablement, elle me devança : « Merci, je vous aime ! » qu’elle me dit. « Plait-il ? » « Merci pour tout ce que vous avez fait ! » Devais-je insister pour en savoir plus ? Je me contentai de sourire béatement et de me montrer sous mes jours les plus polis : « De rien ! C’est normal ! Ahahah ! » Son visage parut se contracter « Mes parents sont morts……fusillés hier après-midi. » Ebloui par sa beauté fétichiste et la noirceur de sa toison capillaire, je gardais un léger sourire mécanique. Et puis je revenais soudain à moi-même m’apercevant que je n’avais point saisit l’usage fort habile de l’ironie de cette lolita à l’esprit décidemment éclairé. Je baissais la tête, honteux, quoique excité par cette probable haine qui me faisait l’aimer encore plus. Je rêvais qu’elle me sautait dessus. Alors, j’entendis : « Du fond du coeur, je voudrais vous remercier. » Cette phrase me sembla de trop et pour tout dire m’agaça : « Vous êtes cynique ! » Elle reprit : « Mes parents étaient des salauds ! Des collabos ! Ils ont dénoncé pleins de gens ! Et quand soi disant ils protégeaient des sous-hommes, c’était pour les fusiller le lendemain et en faire de….de…..de la chair à saucisse ! » Je connaissais ce genre de pratique, mais je m’exclamais violemment : « En tout cas, vous n’y aller pas avec le dos de la cuillère ! » « Qui peut le plus, peut le moins ! »
C’est sur ces mots que je l’invitais à se blottir auprès de mon torse velu. Elle exprima un sourire aigu, saillant comme la lame d’un couteau ! Alors, s’approcha prêt de mon oreille et me glissa : « Vous êtes un redoutable prédateur ! » Je riais nerveusement et nous chahutions ensemble parmi les draps labyrinthiques de mon lit fugitif. J’entendis des pas au seuil de ma chambre vangoghéenne. La porte s’ouvrit, mon ministre de la propagande aperçut la scène. Mon rictus l’interpella, moi qui lui affichait quotidiennement un sourire glacial et redoutablement ronchonien. Il entra dans une colère folle. « Mais regardez-moi ça ! Regardez-moi ce bordel ! C’est qu’il se fait pas chier le pseudo-tyran ! Ah pour les femmes y’a du monde non de dieu ! Mais pour le pouvoir, l’oppression ou l’extermination y’a plus personne ! Et le culte de la personnalité ?! Il s’en branle ce con ! Hein, le culte de la personnalité !? Si ce bon vieil Hitler était encore là ! Lui, il savait y faire au moins ! » La porte claqua derrière lui. Certes j’étais un raté, certes j’étais une honte à moi tout seul, une abjection, et alors ? Ce n’est sûrement pas ce bon vieil Hitler qui pouvait se retourner dans sa tombe !