Dialogue avec Autrui
A part faire chier le monde avec son petit avis sur tout…ses conseils foireux…ses souvenirs emmerdants…ses « moi je » intempestifs et son égotisme pathologique…Raoul Ragoût était un individu absolument adorable. Personne n’est parfait... Un beau matin d’hiver, comprenant avec terreur son égocentrisme maladif, il entreprit de s’intéresser à Autrui… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il prit rendez-vous avec lui, pour enfin rencontrer ce type, et pour la première fois de sa vie, le regarder dans les yeux, bien au fond, comme savent le faire les jolies femmes.
Le 14, l’entrevue était fixée sur un petit square, bien tranquille, avec plein d’oiseau et du sable… Raoul Ragoût s’en présenta donc vers 16 heures de l’après-midi, comme il en avait convenu avec autrui au téléphone. Planté là, il attendit son invité. Avec une demi-heure de retard, Autrui arrive. Raoul en fut bien surprit de voir Autrui devant lui : « Alors, comme ça, c’est vous Autrui ! » D’un mouvement de tête svelte et vif, Autrui répondait silencieusement à cette question de pure circonstance. Raoul, tout étonné (c’est quand même pas tous les jours qu’on rencontre Autrui en personne), tentait de distinguer le visage d’autrui…ah, y’avait du soleil...On y voyait pas très bien…ce n’était pas très clair…tout ça... la visage d'Autrui, c'est flou !...
Ils se mirent à discuter : « Vous savez que je vous observe depuis longtemps, mon cher Raoul ! » qu’il disait Autrui… Il en était tout fier, Raoul, d’entendre ça… « Ah bon ! Eh qu’est-ce que vous en dites ? » « Que vous êtes un gros con ! » Ca a avait jeté un petit froid… en même temps, il est comme ça, autrui, il juge…il ne peut pas s’en empêcher…dès qu’il voit quelqu’un, il le regarde, et il le juge, par rapport à ses paroles, à ses actes, à son apparence… « Vous ne parlez que de vous, vous êtes terriblement imbue de votre personne, et particulièrement narcissique : un grso con !… » qu’il continuait, Autrui… Raoul, il en était tout retourné : « Mais attendez, y’a des fois, vous me voyez pas ! » Mais Autrui, il s’en foutait de ces moments, parce que lui, il catalogue les gens juste par rapport a des petits moments : « En plus, mon cher Raoul, vous êtes un incorrigible voyeur ! Je vous est surpris, en train de regarder dans le trou d’une serrure, espionnant votre voisine ! » Raoul, il en était tout blanc : « Mais vous m’avez vu juste à ce moment là ! Je ne suis pas qu’un voyeur, qu’un égocentrique, qu'un gros con ! Je fais plein de chose que vous ne voyez pas ! » Mais Autrui, c’était trop tard : « Je vous ai vu regarder dans le trou de la serrure, je vous ai vu parler de votre propre personne en termes très élogieux : vous n’êtes, mon cher Raoul, qu’un voyeur égocentrique, un point c’est tout ! Un gros con ! Une merde prodigieuse ! Un pourceau abject ! Un minable jean-foutre ! Un hideux perclus ! Une vilaine engelure ! » Voilà, il s’était fait son avis, Autrui, et Raoul, il avait plus rien à dire…plus qu’à la fermer !
Ils se sont quittés… Raoul était bien déçu… Intérieurement, il s’est dit « Autrui, c’est qu’un con ! » Mais Autrui n’en su jamais rien…