Les Carnets du dictateur, neuvièmes préludes

Publié le par Lukaleo

6 de septembre

Ce matin je crus rencontrer le diable. Un ami proche que je connaissais bien jusqu’à ce matin donc, me racontait qu’il était fortement déçu par la qualité du régime dictatorial qui laisserait selon lui à désirer et dont je me veux ou plutôt je suis légitimement le responsable. A première vue, je ne fus dupe. Cet imbécile heureux bluffe me dis-je sondant son propos qui me plongeait d’autre part dans une indifférence qui me surpris moi-même. Pourtant, car c’est un ami proche, je l’invitais a préciser sa misérable parole. En substance, il me dit : « Ouais, trois fois je me suis fait embarquer dans un camp (ndlr : de concentration) et ils ont même pas été capable de me gazer, je me suis échappé les trois fois ! Et j’ai même pas eu le droit à la schlague ! C’est vraiment de la merde ! » Je demeurais dans mon silence qui en disait long. En réalité je ne comprenais pas ce qu’il voulait me dire. Qu’est-ce que c’est que ces camps (ndlr : de concentration) ? Je ne suis au courant de rien moi !

Je faisais appel à un individu qui évoluait gaiement, courant nu dans une réjouissance intellectuelle et dans le cabinet médical de mon docteur (le docteur Mengele), à qui je dois d’ailleurs rendre visite demain pour une mauvaise grippe ou une amputation de la prostate, je sais plus. Toujours est il que je faisais appel à cet homme qui m’assura qu’il ne connaissait rien à ces camps de concentration et qu’il n’était même pas au courant qu’on y exécutait des gens. « Parce qu’on y exécute des gens ? » m’interrogeais. « Je ne suis pas au courant. » répondit-il.

Mon ami était toujours là. Il observait sans dire le moindre mot et semblait être happé par l’ampleur et l’atypisme de ce qui me servait de bureau. Il s’exprima alors d’une longue phrase dans laquelle je le soupçonnais d’avoir voulu transmettre les méandres et les arabesques de sa pensée : « Je te regarde, je regarde ce qui te sert de bureau, je vois une pièce, je vois un homme, mais je ne vois pas la même chose ; tu n’es pas ton bureau et ton bureau n’est pas toi ; ton bureau n’est rien et toi tu es tout…….mais tu n’es rien à la fois…………car ton bureau n’est rien. » J’acquiesçais dans la gratitude.

Tandis que l’heure dînatoire se rapprochait de nous, je tentais d’expédier ce charmant proche qui reculait toutefois dans mon estime. « Tu prendras bien un Scotch ?! » lui dis-je activement en esquissant un sourire qui me tira la peau tendu de mon visage purpurin. Par manque d’éducation il n’osa le refuser. J’eus cependant sur le coup la faiblesse de penser qu’il voulait mon poing dans la gueule. Je le lui en fis part.

C’est le front ensanglanté que mon ami pris alors la fuite en hurlant les salacités dont je ne pus saisir que quelques bribes : « Si c’est comme ça j’me casse dans une bonne vieille démocratie…….de toute façon ta dictature c’est vraiment de la merde....... » « Qu’est-ce que c’est que cette démocratie ? » me demandais-je. Je fis quérir mon individu qui courait encore nu dans sa réjouissance intellectuelle et dans le cabinet médical de mon docteur. Il m’assura qu’il ne connaissait rien à cette démocratie et qu’il n’était même pas au courant qu’on y exécute des gens.

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