1 - Ses yeux
Je te vois, je te regarde, je t’observe. Tes yeux rieurs sont comme des rubis argentés où scintillent avec douceur des pétales de diamants verdoyants dans lesquels se reflètent ton esprit pur et serein, avec l’éclat et la gravité du soleil. Ils fixent l’horizon et n’en ressortent que plus profonds, oscillant délicieusement entre force et légèreté, colère et apaisement, agressivité et tendresse. On se perdrait avec félicité dans ce regard froid et expressif aux parfaites proportions : deux yeux, qui paraissent dessinés par la main de Dieu lui-même, ou par quelques Grands Maîtres inspirés, et qui, tournoyants et solides à la fois, s’élancent avec grâce d’un bout à l’autre de ton visage.
Ah ! De cette pupille, d’un noir franc qui cache avec difficulté la brillance de ton cristallin, explose avec fracas un iris qui me semble multicolore, arc-en-ciel oculaire qui enlumine et illumine ta corné à la parfaite rotondité. Comme une couronne sacre le roi et la bague la mariée, l’iris rubis de tes yeux les décore d’une âme comme ils diffusent la tienne. Cette pupille si rondement enclavée dans cet iris si visuellement éclaboussant, et qui évolues tous les deux en grossissant ou rapetissassent de concert, quel rembranesque spectacle !
De ces deux ovales aux extrémités pointus, qui s’achèvent subtilement par deux lignes fragiles se rejoignant entre elles telles celles d’un dessinateurs en son point de fuite, ressort avec fureur une paupière émincée d’où surgissent élancement mille cils si élégants qu’ils sculptent dans leurs ensemble symphonique les formes d’un orgue centenaire. S’élevant vers le ciel comme le clocher triomphant d’une cathédrale, ils désignent lestement avec la fluidité des tes formes diverses, ceux qui les dépassent : deux sourcils châtains qui dans des circonvolutions admirables, dessinent sur la peau douce de ton front un S, étiolé et renversé sur le côté, et qui, s‘avançant plus que l‘œil qu’ils surplombent, recouvrent ton regard d‘une ombre mystérieuse, épousant gracieusement les reliefs ballonnés de ton visage.
Bien plus bas, et même en dessous du cercle de ton regard, apparaissent des cernes, qui elles aussi, semblent être influencés par la forme de tes yeux, qu’elles recouvrent sur le bas. Ces cernes sont légères mais blafardes, et contrastent avec la beauté illuminées du reste. Cependant, elles ne gâchent rien, au contraire, elles révèlent dans leurs rareté, et leur minorités la splendeur de ton regard. Deux yeux félins, qui visant tout deux la même direction, avec la volonté et la puissance d’une arme à feux, me pousse à le dire : je t’aime.