L’apocalypse jaune

Publié le par Lukaleo

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Lorsqu’il retourna sur les terres de son enfance, passée sur les rivages endormis d’un petit affluent encore fringuant, Nestor Tirtinton pris un sacré coup de poing dans la gueule. Il revoyait tout, toute sa période juvénile, lorsque sur les berges arborée, il gambadait de ci de là, en direction de quelque part. Mais si tous ces souvenirs au demeurant bien charmants furent ceux qui revinrent en premier lieu à l’esprit de Nestor Tirtinton, d’autres, moins glorieux, réintégrèrent sa concavité cérébrale à présent assombrie. Car en effet, ce fut bel et bien là, cinquante ans plus tôt, que Nestor Tirtinton commis, pour la première fois le meurtre qui allait le rendre célèbre.

Tandis qu’il partait à la recherche de champignons destinés à satisfaire les besoins de sa chère mère, Nestor Tirtinton, onze ans à peine, rencontrait sur les pourtours de la légendaire rivière qu’il remontait, un individu de fort belle facture. « Un malfaiteur » pensait-il à l’instant où le soupçonné s’exposait à la vue du soupçonneux. Ni une, ni deux, le jeune chérubin exhibait son intolérance, et munit d’un couteau dont il s’était auparavant muni, trancha dans le flan de l’étranger qui lançait des regards de détresse ; des hurlements douloureux ; des gestes d’agonie. Une jeune femme nue accourue illico, cheveux au vent, tenant un petit rejeton dans ses bras charnels au caractéristiques féminines ; résultat de la probable union physique des deux adultes susmentionnés. Devant le spectacle surréaliste qui s’offrait aux yeux ébahis de Nestor Tirtinton qui percevait du coup cette femme nue tentant de venir en aide, tant qu’elle le pouvait, à son mari dont le sang rougissait les verts pâturages sur lesquels il découlait,  le pimpant agresseur se saisit à nouveau de son canif sanguinolent qu’il essuyait sur les jambes épilées de la femme à poil, cette dernière parvenant, d’une pirouette fort habile, à se saisir du couteau et ainsi, de le confisquer au pauvre Nestor, qui, déshonoré, se foutait lui aussi à poil afin de symboliser sa vulnérabilité.

Une sonorité criarde se fit entendre au loin, sans doute une ambulance qui accourait bien vite. Le couple et leur petite fille déguerpissaient dare-dare les lieux, ignorant intégralement leur agresseur. L’agressé, quant à lui, semblait, en définitive que très peu blessé. Et Nestor, nu, gémissait de toute son énergie le canif qu’on venait de lui dérober illégalement. Une pluie acide commençait  à tomber des nues.

De retour dans son humble chaumière, rhabillé mais humecté d’une humidité en liquéfaction, le jeune Nestor n’en dit rien à sa mère qui n’allait du reste point pouvoir entreprendre l’omelette aux champignons qu’elle envisageait. Questionnant son fils irrespectueux, ce dernier répondit qu’il avait peur du rhinocéros qui nage dans la rivière ; Nestor confond toujours les rhinocéros et les hippopotames.

Dans le petit antre rabougri qui lui servait de chambre, le petit dernier des Tirtinton préparait sans vergogne, une vengeance qu’il jugeait déjà comme impitoyable. Alors, se saisissant de la carabine paternelle, ordinairement destinée à abattre les quelques pigeons qui emplissent le toit de leur insupportable présence, Nestor sortait de la maison, bien décidé à faire ce que nous ne savons et ne saurons jamais. Son père le surprenant avec son vieux fusil, fit irruption dehors et demanda frontalement à son fils, sans tergiverser, de poser ce vieux fusil. Ne sachant plus que faire, tremblant de tous ses membres, le jeune Tirtinton tira une balle perdue que l’on retrouva dans la tête en charpie du procréateur susnommé, mort sur le choc à la suite d’une longue agonie.

« Ah, que de souvenirs… » pensait Nestor, assis sur les bords de cette rivière qu’il avait tant aimé cinquante années auparavant. Puis soudain, Nestor pris un deuxième sacré coup de poing dans la gueule ; lui-même suivi d’un coup de feu qui lui fut fatal.

Sur le corps de Nestor Tirtinton inanimé, vint s’appuyer un pied directif lui-même précédé par une jambe dissimulée par une robe à fleur d’une pauvre vieille abîmée par la force du temps. C’était Gisèle Tirtinton, la pauvre veuve, la pauvre mère du pauvre Nestor. Cinquante années pour Gisèle, gâchées à cause d’un petit con incapable de rapporter trois champignons pour faire une omelette. Dans un dernier éclair de lucidité, la vieille femme lâchait avec mépris : « C’est la moindre des choses ! »

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Publié dans Nouvelles enivrées

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