Sérénades psychédéliques

Francis Narcisse travaillait dans un bar parisien vieux par l’âge, mais aussi par sa fréquentation (je parle du bar bien sûr) ; Le Camionneur. Toutefois, ce bar demeurait une sorte de relique sacré dans le coin ; qui ne devait, c’est dire, à n’importe quel prix, ne pas disparaître comme se délectaient à le rappeler haut les cœurs, les habitants du quartier, qui entre parenthèses n’y mettaient jamais les pieds. Mais revenons-en plutôt, vous en conviendrez, à ce cher Francis Narcisse que du reste, vous ne connaissez pas encore ; bande d’ignares ! Coïncidence troublante, c’est bien précisément ceci qui fait la renommée de Francis Narcisse : les ignares ! « Regarde papa, c’est le méconnu des ignares ! » hurlait les jeunes petites filles à la sortie des écoles en robe à fleurs roses à leur papa, eux-mêmes blanchis par la peur bleue de l’incident diplomatique inéluctable avec ces derniers. Parallèlement mais par ailleurs de manière hypothétique, imaginons que Francis Narcisse ne soit, audace emphatique, pas un inconnu pour ces ignares ! Non seulement le pauv’ Francis n’aurait pas de renommée, mais en plus, les ignares ne seraient plus que de médiocres non ignares ; et quoi de plus déshonorant pour un ignare que de devenir un non ignare ? Francis Narcisse était pianiste. Mais ne le répétez pas ; sinon on va semer le trouble chez les ignares ; et après vous savez comment ça finit hein, alors…hein, s’il vous plait !
Francis Narcisse était donc un de ces fameux pianistes qui sans chanter, enchantent de leurs ensorcellements et sortilèges, les descentes sépulcrales de ces vieux briscards qui en ont vu plus d’une ; et qui pour ainsi dire, ont de la bouteille. Mais lorsqu’on demande à Francis au coin de la rue Vaugirard par exemple, si il aime son métier, il esquive toujours d’un pathétique au demeurant très méprisant « et vous ? ».
Dans le quartier, des rumeurs ne courent pas plus qu’un chien aboie ; donc, des rumeurs courent ; et pourtant j’aime pas les généralités ; mais j’aime bien les paradoxes alors voilà. Parait que sa vient d’un manque de confiance en soi ; moi chais pas hein, je dis juste.
Francis Narcisse, trente ans de métier à la même boîte, aigri par le poids des siècles des années, s’enfuit un beau matin d’automne aux Etats-Unis et ne revint plus jamais sur ses terres natales.
Le misérable bar, orphelin de notes bleues et, à présent voué au silence du deuil, sombrait incurablement dans l’épilogue irrévocable de son existence accomplie. Outre atlantique et cela, Francis Narcisse trouvait la mort derrière un petit buisson où elle l’attendait et où il fut assassiné à cause d’une fatwa lancée par un sanguinaire ignare refoulé. Furax, il entreprit des représailles qui se soldèrent par un deuxième assassina qui lui fut fatal. C’est à al suite de cet événement qu’il fuit la société et alla se cloîtrer jusqu’ à la fin de sa vie dans un petit chalet alpin dans lequel il mourut peu après sa mort.
De son côté, le bar Le Camionneur entreprit finalement un appel d’offre avant d’être absorbé par son concurrent Chez René, qui souhaitait se diversifier ; notamment en Pastis et en grenadine. Dans le même temps, Jérôme Duvrillon achevait la rédaction du manifeste de l’ignorance ; les non ignares n’avaient qu’à bien se tenir !