Histoire de l'échec, Homère, l'échec

Publié le par Jovialovitch

 

     Ce que je veux dire pour en finir avec Homère, c'est qu'il nous a fait découvrir que l'échec n'est pas vécu, mais qu'il s'accompagne en fait d'un accommodement, très particulier, et qui consiste en une gestuelle supportant d'une façon ou d'une autre l'échec en tant que promesse d'une vie médiocre. Les héros homérique échappent tout naturellement à cette définition, et j'en veux pour preuve Ulysse, quoique véritable exilé, et échoué, aux quatre coins de la Méditerranée, celui-ci retrouvera le chemin de sa mère patrie, et ceci tiendrait à son industrie, qui en vérité n'est rien d'autre que sa sincérité, concept dont la beauté, la noblesse le fait aimer des dieux. La sincérité est en quelque sorte la puissance provenant de soi que l'on investit dans le présent. Achille était sincère, Agamemnon aussi, Diomède l'était, Ulysse, l'est. Et cependant, n'omettons point une chose intrinsèque à la sincérité, et que l'on retrouve notamment dans le personnage Ulysse, c'est le jeu. Jouer qui ne signifie rien d'autre que mettre de même toute sa joie, tout son effort dans ce qui est maintenant, et qui consiste en outre, a viser le triomphe absolu, c'est à dire à refuser totalement l'échec. Aussi, les Grecs furent-ils les inventeurs illustres des Jeux.

     J'ai dit que les moments chez Alkinoos, où Ulysse entend sa propre histoire, étaient le récit de cette sincérité ; il reste toutefois à évoquer Pénélope, les Prétendants, et peut être bien Télémaque, fils d'Ulysse. Le massacre des Prétendants a cela de singulier, qu'il est nécessaire si l'on se souvient bien de ce qui vient juste d'être dit, à savoir qu'Ulysse joue. Or jouer est parfois tuer ; il faut bien en effet, qu'un vainqueur demeure, par conséquent, il faut que les autres joueurs, ou prétendants à la victoire soient éliminer, de sorte qu'Ulysse soit effectivement le seul victorieux. En outre, les Prétendants incarnent l'échec, et à la vérité vivent dans la plus grande absurdité, étant donné qu'ils persistent chaque jour pour triompher, pour embrasser enfin de Pénélope, les joues tant désirées quoique humectées par les larmes de la mélancolie, et que ces Prétendants n'y parviennent jamais, voilà le déterminisme de l'échec, son éternel retour. De son côté, Télémaque est le transgresseur qui fuit cette Ithaque décadente, cette nécessité et qui par là, fait déjà preuve de la divine sincérité.

     Le mythe par conséquent, s'est s'accommoder de l'échec, et c'est le jeu. L'esthétique du mythe, sa construction est comme un jeu, et là-dedans un héros s'accomplit, et accompli son destin. Assurément, si l'échec répond bien à la définition que nous avons donné plus haut, que l'échec est la promesse d'un vie médiocre, le héros homérique dispose alors de ce que j'appelle l'audace d'être digne qui est fort rare mais qui est l'abandon définitif de soi, au point de naviguer en pleine Méditerranée, mer de dangers, et d'être dans le refus de tout héroïsme, c'est là peut être l'ultime leçon à tirer d'Homère : c'est dans le refus de l'héroïsme, ou dans l'indifférence, que renait, qu'émerge, le héros ; son audace, sa dignité.

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