Journal d'un Fagotin

Publié le par Jovialovitch


     Moi, je brûle de littérature ; je n’aime que ça, je ne vis que pour ça, ouais, ouais, ouais. Ma bibliothèque, je la chéris comme la prunelle de mes yeux ; faut dire, j’ai besoin des deux – pour lire. Ah !... trop fort ! Non, sérieusement, ma bibliothèque, je la regarde comme une fille. Elle est bien belle, dis donc – un peu maigre encore, mais elle va s’étoffer. J’aime bien l’entretenir, tu vois, que tout soit bien aligné comme j’aime, et que pas un livre dépasse par rapport aux autres. En ce moment, je l’ai rangé par ordre alphabétique ; ça commence par les bouquins de ce génial Alain, puis ceux d’Anouilh, puis c’est Baudelaîre (mon préféré), pis c’est Beaumarchais, pis après Camus, Céline et ainsi de suite. C’est l’ordre alphabétique quoi. Mais le problème, c’est que les collections changent d’un livre à l’autre, et puis en plus, ça m’est des romantiques avec des classiques, des poètes avec des philosophes, et du coup j’aime pas trop. Alors je vais changer – j’aime bien changer l’ordre de ma bibliothèque. Je vais mettre chaque œuvre en fonction de sa date de création. Donc ça commencera par Homère, pis après Sophocle, pis après Virgile, et ça continuera comme ça. Je voulais mettre par genre aussi, mais des fois, je ne suis pas sûr, alors, je fais pas comme ça. Y’a le problème des livres que j’ai acheté, aussi, mais que j’ai pas lu ; ceux-là, j’aime pas les mettre dedans ma bibliothèque, parce que je les ai pas lu. Alors je l’ai met sur mon bureau. Ils sont en attente, quoi. Ça fait bien, je trouve, d’avoir une pile de livre sur son bureau. Ça fait sérieux, je trouve. Quand je ramène des filles dans ma chambre, elles sont impressionnées par tous ces livres que je lis. En plus, je lis des romantiques, alors tu penses – elles craquent toutes. Moi, Baudelaîre, c’est celui que je préfère, parce que c’est sublime, ouais, ouais, ouais. Baudelaîre, c’est le meilleur. Je l’ai mis sur mon fond d’écran d’ordinateur. De cette façon, je pense à lui tout le temps.  Mais j’aime bien Nervâl aussi. Nervâl, je m’échine à l’apprendre par cœur ; c’est compliqué, Nervâl… à apprendre par cœur, je veux dire.

       Moi, ce que je préfère, c’est le romantisme. D’ailleurs, je suis pour le retour de l’esprit romantique. J’écris pour cela, depuis mon plus jeune âge – des poèmes avec du désespoir et de la passion dedans, comme chez Baudelaîre ou Nervâl. Mais, surtout, je lis. Ce que je préfère dans la lecture, c’est le moment où je viens de finir un livre, et je me demande lequel je vais lire après. Alors je me tâte – et si je lisais celui-ci, ou pourquoi pas celui-là. Ça dure des heures, et finalement, je choisis un livre, presque à regret. Quand je lis, je regarde tout le temps où j’en suis par rapport à la fin. C’est que je suis impatient de choisir un livre, à nouveau. J’aime bien les livres. Y’en a qui les corne ; moi, je fais attention – je trouve c’est beau un livre qu’on croirait tout neuf. Les cornés, c’est même pas la peine de les lire. Ouais. J’aime bien la musique aussi. Wagner, surtout, parce que c’est un romantique, et puis parce que c’est puissant. J’essaye d’écouter Chopin, mais ça m’ennuie – il n’y a que du piano, chez lui. Ah. Y’a un type avec qui j’ai discuté. Je lui ai dis mon point de vue selon lequel « La Peste » de Camus était un livre pessimiste ; lui, il était pas d’accord. En fait, il disait que c’était un livre optimiste. Alors j’ai changé de conversation, et je lui ai expliqué en quoi Emile Zola me semblait un auteur romantique. Il a bondi, et il m’a dit que je n’avais rien compris. Il m’a fait toute une tarte sur le naturalisme. Ah. Comme il avait l’air dans savoir un paquet, j’ai voulu me renseigner auprès de lui sur des auteurs romantiques que je connais pas trop. Alors je lui ai demandé quelle était la différence, à peu près, entre Stendhal et Balzac. Alors il m’a traité de Fagotin, et il est parti. Mais enfin, quoi, c’est quoi la différence entre les deux ? Faudrait que je lise pour savoir. Oui, mais quoi ? Ah. Je me tâte… « La Chartreuse de Parme » ou « Le Lys dans la Vallée » ?

Publié dans Journaux intimes

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