Un destin : Gilles Artigues - Jeunesse II

Publié le par Jovialovitch


     Gilles Artigues était ému par la verdure paisible qui parsemait en contrebas la basilique lyonnaise en-dessous de laquelle se trouvait encore autant d'établissements catholiques qui suscitaient toujours la jalousie de Gilles Artigues, dont les études se déroulaient loin de là, sur les quais du Rhône qui lui semblaient à leur tour, fort médiocres. Gilles Artigues croyait fermement en Dieu, peut-être fut-ce encore par sincérité, ou par naïveté, en fait il en jouait de cette bigoterie qui n'en était par conséquent pas une. La philosophie l'ennuyait un peu et il ne trouvait point de raison d'être heureux ; le musée lui procurait bien un peu de joie, et puis l'opéra aussi, mais ses yeux étaient tournés ailleurs. Il achetait beaucoup la presse et lisait tout ce qui se rapportait, de près ou de loin, au président dont il percevait la grandeur, mais bien plus, le malheur. Enfin, il se présenta, un beau jour, à la Mairie où il fit savoir qu'il désirait rencontrer le maire sur le champs, ce qu'on lui refusa naturellement ; et pourtant il insista, et après bien des rebondissements, il pu le voir enfin ce qui le réjouit, car son esprit était fourmillant d'idées, et de visions, qui devaient, selon lui, le mener dans une quarantaine d'années, à l'Élysée, quoiqu'il ne cessait de prétendre, que ce n'était point dans quatre décennies qu'il comptait palper le trône, mais dans les années à venir, disons les dix, bien que pour lui, cela fut dans les cinq ans. Cette mégalomanie faisait rire beaucoup et Gilles Artigues n'en parlait plus car la raillerie le flétrissait, et il lui fallait longtemps avant de s'en remettre.

     Ce jour-là donc, après qu'il eut marché longuement dans cette ville qu'il aime, Lyon, et que toutes ses pensées allaient en direction de Paris, il se rendit à la Mairie qu'il troubla par sa grandiloquente fierté, et qui le faisait même se moquer du maire, qu'il n'avait jamais vu que comme un sympathique personnage, un joyeux drille peu tourné vers sa nation, mais davantage vers sa ville qu'il participait à enlaidir, car en effet Gilles Artigues était tout à fait indigné par les quelques audaces architecturales lyonnaises, dont il ne pouvait souffrir durablement la vue, mais ceci n'était que pur détail car Gilles Artigues lui-même, n'était pas aussi sérieux, bien que certains l'ont cru, concernant les choses du pouvoir, et la politique, nous le verrons bien plus tard, qui ne l'intéressait que fort peu, c'est à dire nullement.

     Ce jour-là, Gilles Artigues fit la rencontre de M.Collomb, il le trouva fort occupé, mais suffisamment sympathique pour qu'il puisse échanger quelques paroles. Gilles Artigues, jeune effronté, dit qu'il souhaitait s'engager en politique, et que son but était d'être élu aux prochaines élections législatives, lesquelles étaient dans trois ans, ce qui fit rire le maire, dont la gaieté n'était que relative, car celui-ci entra dans une colère brutale. « Écoutez-moi mon jeune ami, si cela est une plaisanterie, elle est d'un goût extrêmement médiocre ; et si vous voulez réellement faire de la politique, faites donc preuve de probité, et ne de demander point conseil à un homme, quoique maire de la seconde ville de France, cependant membre du parti le plus honteux de France, le plus idiot, le plus ridicule, et le moins crédible entre tous » Sur ces mots, il congédia Gilles Artigues qui entendit juste avant que la porte ne se referma « et dorénavant ne me dérangez plus, fuyez-moi si vous en avez l'audace ! » Gilles Artigues ne comprenait pas l'étrange humeur de ce Maire, et il sentit son honneur piétiner par une telle entrevue. Il eut bien demandé réparation, quelques excuses, mais maintenant Lyon l'ennuyait entièrement, et il devait monter à Paris. Il alla toutefois se présenter au parti de droite, où on l'accueilli poliment ; il détestait cette droite, mais enfin il songea que s'il voulait atteindre Paris rapidement, c'était-là sans doute le meilleur moyen. Depuis ce jour donc, il se disait sarkozyste, mais c'était comme une identité qu'on venait de lui donner, et à laquelle il devait s'habituer, comme un nouvel habit, ou de nouvelles chaussures ; il oubliait souvent cette identité, et puis l'habitude l'aida, il participa à de nombreux débats, à des réunions, etc ; il avait sa carte du parti, et il s'amusait en attendant à élaborer des idées politiques dont il souhaitait que ce fut là sa singularité. Il se devait de prendre part activement à toutes les réunions, et par conséquent, très vite, on le connaissait. Il était beaucoup admiré car son charisme impressionnait, et surtout, on ne s'ennuyait pas quand on l'écoutait ; il échappait en somme à toutes les positions caricaturales des hommes partisans, il allait par-delà les haines, il était au-dessus des opinions et des débats primaires, il était l'évidence. Certes il travaillait désormais beaucoup, mais c'était surtout parce qu'il ne croyait pas en ce qu'il racontait qu'il était cru, et qu'on le louait, et qu'on disait encore qu'il serait bientôt le premier homme de la nation, mais à ceci, il n'y croyait pas non plus. Quoique.

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