Louis Vidal, nous voilà ! - Consécration

Publié le par Jovialovitch


15.

 

      Dans les forêt profondes, sur les hautes montagnes, le long des longues plages, et sous le vent de vallées sépulcrales : la France. Et dans le cœur et dans l’âme de ceux qui l’habite, dans le regard de ceux qui l’ont façonnés depuis la nuit du Moyen-Âge, dans la voix de ceux qui parle sa langue, et qui lui donne vie : cette intuition ultime, cette conscience confuse, ce fredonnement tricolore : la France. Et de tous ces êtres, de tous ces siècles impétueux, de toutes ces chutes et toutes de ces renaissances, de cette histoire sanglante et furieuse : voici surgir des noires ténèbres du déclin, le plus français de tous les hommes : Louis Vidal !  

       « Ah ! C’est la mer ! » s’écria-t-il, en découvrant ému, devant lui, partout alentour, cet immense et euphorique magma massé sur les pampas du Tricolore. Louis Vidal avance à pied, conscient d’être le point de mire de tous les regards, bouleversé, par les vivats de cette foule en délire qui s’appelle la France. Et il se disait, Louis Vidal, il se disait en lui-même : « Elle est peut-être morte, la France, étouffée sous le poids de son devoir supérieur, épuisée par son rôle décisif dans la légende des siècles, éreintée par les innombrables tours du monde qu’elle a dû dessiner dans sa longue vie, en tenant par la main quelques-unes de ces grandes idées, dont elle avait accouchée dans la douleur, et qui ont changé le cours de l’épopée humaine !... Oui, pauvre nation, que j’aime, peut-être es-tu morte… Je ne sais. A la vérité, en ce jour, mystérieux mélange de liesse et de deuil, il me vient cette étrange pensée : tu es semblable, ma France, à ces mythiques Androgynes, qui vivaient jadis, sous le soleil légendaire des temps immémoriaux, en forme de boule, union, en un seul corps, de deux êtres de sexe différents. Voilà toute ton histoire, France : longtemps, certes, tu ne fus qu’Etat, mais un jour tu rencontras la nation : et tu te fis dès lors Etat-Nation, unis à toi-même, dans l’épanouissement complet de ta beauté et de ta puissance, consciente de tes charmes et de ta force !... Et alors, mêmement que ces étranges Androgynes qui voulurent déloger les dieux de leur Olympe, toi ma France, enivrée de tes idéaux et de ta vigueur, tu partis à la conquête de l’humanité !... Mais ainsi que les androgynes, qui échouèrent dans leur projet fou, et qui furent séparés par les dieux, toi ma France, tu perdis les batailles et la guerre, et l’Histoire t’infligea cette atroce punition, cette déchéance ultime : un Etat séparé de sa Nation, un Etat qui n’avait plus la force de s’unir à sa nation, ainsi qu’un corps trop faible pour supporter un instant d’être uni avec une âme aussi grande et parfaite. Voilà bien ton drame, ma France, androgyne séparé de toi-même : ton Etat et ta Nation ont beau se chercher, voilà des décennies qu’ils ne se trouvent plus, et même s’ils se retrouvaient, ils ne pourraient plus s’aimer, car ils ne sont plus du même monde… Ah, ma France, si l’Etat existe encore, il n’est plus vraiment toi ; ce n’est qu’un territoire sans panache, comme un corps sans âme et sans colère, qui ne peut plus assumer ton nom, glorieux et caressant !...  Ah, Français, telles sont les circonstances ; et je le crains fort, tout ce qui peut encore unir notre Etat et notre Nation, rendre possible que la France, sans la grandeur, soit encore la France, faire que la France dépasse à nouveau son échec et son intolérable flétrissure, et que la Nation, si grande, assume son Etat si petit : c’est de se souvenir, de se souvenir sans cesse, et de garder intact, en nous, au plus profond, malgré tout, oui, malgré tout : le Plaisir d’être Français ! »

         Et la foule semblait entendre les pensées secrètes de Louis Vidal, et dans une indicible exultation, dans une tempête de voix comme le monde n’en avait jamais connu, voici que dans un de ces miracles de la conscience nationale, dans un de ces gestes sublimes, où la communauté n’est qu’une pensée, un seul élan, un seul cri – un seul cri, rempli de larmes, de fierté, de bonheur et de plaisir – voici donc que tous les français que la terre est porté crièrent d’une même voix, la plus belle, la plus grande, la plus immense des déclarations qu’aucun peuple n’avait jamais dit à l’un de ses enfants  :

 

« Louis Vidal, nous voilà ! »

FIN

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