Les Carnets du dictateur, cap sur l'Europe !

Publié le par Jovialovitch


 

5 de mai

     Je suis en train, mon dieu de construire un mythe, et ce mythe, mon dieu c'est moi. Ma vision de l'Europe s'éclaircit de jour en jour, de même qu'au fur et à mesure, il me semble que je me fait moi-même plus limpide, plus flottant, plus insaisissable, plus radieux, clair, brillant, étincelant, lumineux, scintillant, coruscant, flamboyant, luisant, reluisant, diaphane, discernable, ensoleillé. Maintenant que l'Islande est à nous, inutile de dire que le plus dur est fait, et l'Est, qu'il reste à prendre encore ne sera qu'une simple, qu'une simple et banale formalité.

     Ainsi donc, il y a une semaine était crée l'Axe qui désormais enchante les cœurs de mon armée, le mien aussi qui s'émeut devant un pareil spectacle, devant mon œuvre sempiternelle, devant moi-même que j'érige en un édifice de diamant, par-delà les mers, car en effet, l'Islande est hors-temps, hors-espace et c'est là que se trouve ce que jadis les philosophes ont appelé l'Un, à savoir ce non-être qui pourtant déverse son fluide fécondant comme une fontaine, à mesure, de sorte que sont crées des états successifs qui tous, se nourrissent de cet Un dont je ne peux parler davantage, de peur d'en dire trop sur la mystique que je me propose de façonner, tel un artiste divin, et que je nommerais Europe. Cette vieille Europe que je tente comme je peux de sortir du puits insondable dans laquelle elle est tombée, j'ignore comment, dans laquelle elle a tenté de se détruire, ou peut-être qu'on a voulu tuer, pauvre Europe, qui ne fut jamais, et qui ne sera sans doute jamais non plus, malgré mon ardeur infinie, et ma fougue, surtout ma fougue. J'ai peur de ne la faire revenir à la vie que quelques instants, quelques minutes, mais enfin ce sera là ma seule victoire, moi qui me suis aussi perdu dans ce puits déraisonnable, et qui a erré tout ce temps en quête de Madame Europe, Mademoiselle plutôt, car je ne l'ai point encore prise pour épouse, ô ma belle Europe, toi que je nomme ma femme, et dont le cœur est La Rochelle, et puis l'esprit à Reykjavik, ô Mademoiselle Europe.

     Fort rapidement, comme l'Islande était notre, nous décidâmes de prendre le chemin de l'Angleterre afin, comme je l'avais précisé plus tôt, de couper la tête à le Reine d'Angleterre, vestige dont chacun conviendrait qu'il est temps qu'il s'écroulât. Ce vieux débris n'a plus lieu d'être ; et concernant les choses hors du temps et de l'espace, j'ai déjà dit que la place était occupée par Reykjavik, la belle aux yeux pers. Nous débarquâmes dans le port de Londres, capitale que nous détruisîmes en si peu de temps que je fus stupéfait moi-même de l'efficacité de mes hommes dont je n'ai pas dit assez comment je les avais recruté, et puis entraîné, mais j'aurai peur d'ennuyer le lecteur futur, que je vois en train de lire, étendu dans son lit sublimé par mes récits, ces mémoires de guerre, ces pensées de l'empereur des européens qui ne sait décidément pas comment vont évoluer les choses, le pauvre homme.

     Il y a deux jours, je coupais enfin la tête de sa Majesté devant une foule que je bravais ouvertement, tout en m'imposant de façon à ce que cet acte qui entrait immédiatement dans l'histoire, soit une libération pour un peuple jusque là incapable de ne point souffrir, et par ailleurs qu'il me fallait rendre heureux afin que la tentation Atlantique cesse une bonne fois pour toute. Mais comment voulez-vous faire. Hé bien il m'arriva une chose fort heureuse. En effet, tandis que j'enfonçais une hache saillante dans le cou de la royale mère, on m'annonça que les États-unis s'apprêtait à nous attaquer, tout honteux d'avoir échouer lamentablement dans cette guerre sur le sol Islandais, désormais impérial. Leur dessein était de débarquer quelque part sur la côte et je ne pus que songer à ce Débarquement demeuré célèbre et qui m'indiquait la marche à suivre afin cependant de ne pas en être victime, ce qui serait dramatique pour le destin de l'Europe que j'ai choisi, moi de porter, comme si j'avais que ça à faire.

     Tandis que je rédige ces quelques mots, l'offensive est imminente. La Normandie ? C'est là qu'ils pensent qu'on les attend, les sots ! Ahah. Mais non ! Mais non. Où ça ? Mais enfin oui ! Sur les côtes de la belle, oui, sur les côtes de La Rochelle !

Commenter cet article