Fafouette : cinquante-cinquième - Contre la Scandinavie

Publié le par Jovialovitch


      Mes très chères ouailles, il me faut bien vous l’avouer : j’aime à m'étaler sans grâce et sans panache dans les limbes amères de ce grand lit douillet qui s’appelle le Pamphlet, et où me viennent les plus infectes rêveries, quand je m’y trouve mollement détendu, l’âme enrubanné dans les longues couettes de la mauvaise foi, et l’esprit reposé sur les suaves polochons de la pasquinade. Ce grand lit de la Sarcastique, je le souhaite comme une fête, quand je me trouve lassé par trop de Scolastique, et ce n’est pas sans joie qu’aujourd’hui encore, je ne puis m’empêcher d’y sommeiller un peu, en votre douce et silencieuse compagnie.

       Ainsi donc, il me vient l’envie de déblatérer ma colère contre ce qui m’apparaît comme la plus odieuse fascination de notre temps : celle qui élève au pinacle ce qu’il conviendrait de condamner au pal – je veux parler des Pays Nordiques. N’avez-vous pas remarqué, mes très ouailles, la pugnacité avec laquelle les médias s’efforcent de nous présenter la grandeur du « modèle Suédois » ?... et le bonheur du peuple norvégien ?... Certes, je l’accorde aux plus sceptiques d’entre vous, depuis la fin des campagnes électorales, et le début des crises financières, le phénomène s’est estompé. Mais il n’empêche que l’Islande, le Danemark ou la Finlande nous paraissent être les démocraties les plus modernes du monde, les plus en avant dans la marche du Progrès.

        C’est bien simple : tout va pour le mieux chez les scandinaves – ou plutôt, tout ce qui va mal chez nous, va bien chez eux. Ces grands blonds de génie ont construits des sociétés paisibles, égalitaires et généreuses, sans chômeurs longues durées, sans déficit abyssal, sans trou de la sécu, sans discrimination ni sexisme !... des pays formidables où les parlements ne sont pas de vielles bâtisses rococo mais de beaux bâtiments design tout en verre et en plastique, des pays sereins et apaisés où l’on respecte la nature, la peau des pêcheurs de saumon et la musique de Sibelius. Bref, ce sont de véritables utopies – des paradis terrestres.

      Cette vision idyllique et charmée des pays Nordiques, je la déplore : d’abord elle est fausse (n’importe quel économiste un tant soit peu compétent vous le prouvera mieux que moi) et si seulement elle était vrai, alors je répondrai qu’il est facile de gérer convenablement des Etats qui comptent chacun à peine deux millions d’habitants, qui produisent réunis moins de richesses que la région Poitou-charentes, et dont le seul prestige international consiste à distribuer annuellement des prix à des chimistes américains. Par ailleurs, mes très chères ouailles, je poserai la question suivante : pourquoi cette fascination française pour la Scandinavie, pour ce monde froid et aseptisé, sans combat, où l’on cherche la paix sans vouloir la victoire, où la démocratie prend le nom de consensus, et où se meurt la politique, loin des chaudes passions de la méditerranée ?

        Selon moi, le fait est que la France refoule son italianité… Voyez-vous, la France vient de l’Italie ; mais elle est une Italie du Nord, une Italie bordée d’Allemagne et de Rhénanie : ne dit-on pas du français qu’il est un italien triste ? La France est une Italie qui se refoule elle-même parce que trop excentrée de son Sud originel, tant géographiquement qu’historiquement. Le soleil germain, si proche, si puissant, lui fait refouler sa fouge, ses passions, ses gauloiseries, son côté mystérieux et animal, proprement italien !... et tournant le dos à la péninsule de l’amour et de la joie, la France se retrouve en face de ce Nord si clair, si charmant, si harmonieux, si puissamment moderne, et pour tout dire, si absolument ennuyeux, chaudement capitonné dans ses traditions hivernales : la Scandinavie. Et voici que la France baigne dans un formol lapon, enivrée de parité, de transparence, de centrisme et de syndicats pisse-froids qui préfèrent la négociation à la lutte des classes ! Voilà notre passion pour les pays scandinaves : un cache-sexe à notre italianité primordiale !... Mais que diable : les islandais sont des femmelettes !... embrassons donc le Sud et ne faisons pas la même erreur que Descartes : ne snobons pas l’Italie pour lui préférer le « pays des ours » - nous risquerions de mourir de froid, ou d'ennui !

Publié dans Fafouette enseigne

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