Les Carnets du dictateur, Axe La Rochelle-Reykjavik

Publié le par Jovialovitch


 

27 de avril

     La guerre ! Il y a plus d'une semaine que nos pieds foulaient pour la première fois le sol islandais, lequel me fit l'effet pétrifiant d'un sentiment de déjà vu. Ce n'est pas que je me trouvais des raisons d'y voir une seconde La Rochelle, mais enfin je ressentais la même émotion, forte qui faillit provoquer chez moi une mélancolie profonde quand je me rendis compte que j'étais sur le point de commettre la pire infidélité envers la ville de mon cœur ; comme mon désir n'était pas de me laisser choir si facilement dans les bras satanique d'une belle infidèle, j'émergeais à nouveau de ces passions souterraines, de sorte que je menais maintenant mes troupes avec une parfaite résolution et une ardeur sans faille. Nous atteignîmes Reykjavik fort rapidement et notre armée allait devoir affronter des centaines de milliers d'hommes ; pour le moment, seuls quelques renforts venus du Danemark et de Norvège assuraient la défense de la capitale, seulement, l'armée américaine s'apprêtait à débarquer. Je compris à cet instant que l'Islande redevenait un point stratégique et que le monde se décentralisait une fois de plus, remontant sur la baie des fumées. Le monde a les yeux rivé sur moi.

     La bataille qui s'engagea fut vigoureuse. Il fallait faire preuve de stratégie et chacune de mes nuits étaient sacrifiées à la l'analyse de quelques campagnes napoléoniennes. Pour me délasser un peu, je lisais l'Iliade, pareil à un Alexandre parti à la conquête du monde. Les trois premiers jours l'Islande nous fit face brillamment, et je décidai de reprendre en main la situation en profitant du débarquement américain afin d'abuser nos adversaires par quelque tartufferie que je préparais avec transports. Ainsi, nous profitâmes de la nuit pour battre en retraite et tenter une offensive depuis le nord, ce qui nous permis, au matin du quatrième jour de pénétrer dans Reykjavik. Très vite, ce fut la déroute. Les troupes danoises et norvégiennes furent défaites honteusement, et un combat implacable s'engagea contre l'armée américaine qui fut en vérité surpris par notre puissance et qui perdit se sourire léger qui habitait leur visages hagards, loin de se douter que, certes les dictateurs étaient de retour, non pas les dictateurs, mais les empereurs, non pas les empereurs, mais l'Europe !

     Cette guerre éclaire, non moins brillante s'achevait au crépuscule du sixième jour ; comme le soleil tombait avec une grâce infinie, je ne pouvais m'empêcher de songer aux plages de La Rochelle. J'exultais quand je proclamais devant une foule en délire, le lendemain au cours d'un mémorable discours, la naissance historique de l'Axe La Rochelle-Reykjavik, symbole unanime d'un amour indéfectible entre deux points stratégiques, plus encore, entre deux corps inséparables, réalisant la fusion parfaite ; devant nos yeux s'édifiait l'équilibre absolu, l'harmonie sublime, la perfection à l'état pure. Cette diagonale devait être la marque éternelle de mon règne, un trait sur le monde, comme une signature ; un lien entre moi et l'Europe que je dominais depuis cette ville. Je voyais Reykjavik comme l'âme de mon Empire, et La Rochelle comme son cœur. Je ne pus retenir quelques larmes qui s'en allèrent couler à travers ma ville nouvelle, avant de se jeter dans la mer abyssale, s'écoulant encore le long de notre paroi sphérique, prenant enfin la direction de l'équateur, mais s'échouant en fait, sur les plages multicolores de La Rochelle, humectées par trois fois, par trois petites gouttelettes éprises, preuve du lien mortel qui me rattachait à cette vie que je transformait en l'odyssée grandiose d'un homme au-delà de la conscience de sa propre grandeur.

     A mon réveil, ce matin, c'est pourtant la stupeur qui me saisit soudain ; il était intolérable que je demeurasse davantage en cette Reykjavik qui ne devait être toutefois que la seconde résidence de mon cœur ; certes son nom succédait aux plus grands triomphes de l'histoire. Et la liste est prestigieuse : Marathon ! Salamine ! Gaugamèles ! Poitiers ! Hastings ! Azincourt ! Marignan ! Valmy ! Arcole ! Wagram ! Austerlitz ! Reykjavik ! Seulement La Rochelle valait encore mieux que toutes ces victoires réunies. Quoique. Ô mon dieu ! Reykjavik-La Rochelle ! La Rochelle-Reykjavik !? .........entre les deux mon cœur balance.

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