Histoire de l'échec, Achille et la flétrissure de l'échec

Publié le par Jovialovitch


Achille et la flétrissure de l'échec. Hector.

     Achille, sans doute le héros de l'Iliade, bien que celui-ci abuse par trop de la patience du lecteur en ne venant jamais, tandis que le récit va s'achevant, mais qui arrive tout de même, de façon fort heureuse pour le terminer. N'a-t-on jamais interprété le retour d'Achille comme la conséquence d'un refus naturel de la flétrissure de l'échec. Au fond, la vraie raison qui pousserait le héros achéen à reprendre sa place parmi les siens viendrait de ce que son statut d'homme divin, lui empêche, fondamentalement, de demeurer loin des vicissitudes farouches et des escarmouches belliqueuses qui sont le terreau de sa réussite. Ce que je veux dire, c'est que la mort de Patrocle n'est rien moins que le symptôme qui fait éclater la contradiction qui saisit depuis le début Achille, une contradiction que nous nommons flétrissure. Ne fallût-il pas d'ailleurs, nonobstant les maladresses d'Agamemnon, qu'Achille, au commencement du récit, se trouvât déjà devant l'échec lorsque celui-ci décide de s'éloigner des Achéens après avoir levé son épée sur leur chef. Achille est plongé dans la flétrissure de l'échec, il souhaite la victoire troyenne, et Hector pendant ce temps, s'illustre, et cependant Achille ne perd nullement son caractère divin, héroïque qui ignore l'échec. Le personnage Achille mérite à ce titre d'être comparé à son opposant le plus évident, à savoir Hector, le troyen qui est une personnalité centrale si nous voulons bien comprendre les deux définitions de l'échec auxquels nous sommes confrontés ici. La différence essentielle que nous relevons concernant les deux héros est que le premier est placé dans une position d'échec, alors que le second, au contraire, est victorieux de façon éclatante et semble totalement étranger à quelque échec que se soit. Or, si l'on prend la peine de voir les deux héros de manière générale, afin d'en avoir une vue « totalisante », nous dirons que tandis qu'Achille n'est pas dans l'échec, Hector y est toutefois.

     Hector a cette singularité, qu'il est, même au comble de la réussite et de la gloire, un personnage échouant. Ce n'est certes pas sa mort, lui qui succombe à la fureur d'Achille, qui détermine un tel jugement, c'est plutôt que à l'opposé d'Achille, il perd au fur et à mesure toute maîtrise et est confronté à la fin, à une sorte de confusion qui va s'achever sur sa mort. Contrairement à Achille qui connait son destin et décide de l'embrasser (et on a vu que Patrocle ne jouait qu'un rôle pour les besoins de l'intrigue), Hector ignore le sien et n'a pas à se résoudre à un choix. Cela revient à dire qu'Achille ignore l'échec puisque non seulement il a une maîtrise des choses, pareil à un dieu, et qu'en plus son choix n'en est pas un puisqu'il est une évidence. Bien sûr que je vais entrer dans la bataille, et c'est parce que l'échec m'est inconnu, même dans cette isolement où je me suis placé et qui paraît si indigne et lâche. En fait, le « caprice » d'Achille est la traduction émouvante d'une faiblesse du héros qui n'en est pas une, et qui serait celle qui touche et le héros, et l'aède, et le dieu, à savoir celle du tragique ?

Commenter cet article