Les Carnets du dictateur, cap sur Reykjavik !

Publié le par Jovialovitch


 

18 de avril

     Paris, Rome, Londres, Berlin, je les possède toutes et je m'apprête à les faire revivre pour la première fois dans notre monde moderne ; bientôt l'Europe reprendra toute l'avance qu'elle a perdu au cours des siècles précédents. Bientôt l'Europe rayonnera sur le monde à des lieux au-dessus des États-Unis dont la mort est programmée, et dont l'histoire, définitivement vide prendra fin de façon toute naturelle ; quant à la Chine, au Japon et toutes ces sortes de choses lointaines, elles périront, étouffées par leur propre sottise. Il n'y aura plus que moi et l'Europe. Moi ; Alexandre, César, Napoléon, de Gaule, trouvent enfin un successeur.

     Je considère maintenant ces Carnets comme le témoin de mon ascension et je les appelle dorénavant Chroniques de guerre de l'Empereur des européens. J'ose espérer que l'Empire que j'édifie restera sur pieds longtemps encore, même après ma mort. Mais je ne veux pas trop en dire car non seulement je ne voudrais pas que tout ceci me portât malchance, et par ailleurs, a-t-on déjà vu un grand homme livrer ses sentiments les plus profonds. Aussi, dorénavant, je suis insondable.

     C'est dans la plus grande agitation que la semaine dernière, cher Journal, je vous contais mes premières conquêtes, mais n'étais-je pas trop ému de marcher sur les pas d'Alexandre, de Jules César, etc, etc. Permettez-moi de revenir un instant sur ce que je vous disais alors. Après nous être emparé de l'Espagne, puis de Paris, ville lumière, notre armée se séparait en deux. Une première prit le chemin des Alpes et de l'Italie où j'espérais faire une entrée triomphale. Seulement, moi qui me trouvait à La Rochelle et qui perdait mon temps à la contempler, toute belle qu'elle est, tandis que mon devoir m'appelait toujours, je suivis finalement la seconde armée qui se dirigeait du côté de l'Angleterre ; or n'avais-je pas promis de tuer la reine.

     Mon idée d'aller plutôt du côté du nord que vers l'Italie fut un bijou d'intelligence car, alors que nous nous apprêtions à débarquer sur le sol britannique, mon ancien ministre de la paix, devenu ministre de la guerre, vint me voir, tout excité par une idée qu'il avait eu tandis qu'il contemplait au loin le soleil couchant, qui se retirait sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, ne laissant pour seule preuve de sa fuite à l'anglaise, qu'une obscurité indigne qu'heureusement, mon aura impériale comblait par une lumière aussi intense que miraculeuse ; je devenais un astre, moi qui fut trop longtemps poussière. Mon homme qui entrait avec une telle fougue dans ma chambre s'inclinât avec un empressement fort vif et je ne résistais plus à ce spectacle où il ne manquait plus à mon ministre que la parole, divine, qui fut celle-ci et qui me pétrifiait d'abord : « Nous sommes perdus ! Tout est fini ! C'est l'échec ! » Qu'est-ce que vous me dites-là, répondis-je, en me levant de mon trône lui même révulsé par ce qu'il venait d'entendre ; « Nous avons commis une erreur stratégique gigantesque ! » Quelle erreur ? Que voulez-vous me dire ? demandai-je « Peut-être sommes-nous déjà perdu car il se pourrait que notre réaction fut trop tardive, cependant.... » Mais enfin parlez ! Informez-moi de la situation. La Rochelle a-t-elle été bombardée ? Est-cela ? Mon dieu, ce serait terrible ! pensai-je tandis que tout mon corps se mettait à trembler « Non, non, reprit-il, il ne s'agit pas de cela. Je vous parle d'une erreur stratégique redoutable ! » Mais pourquoi donc vous obstinez-vous à ne me rien dire ? « C'est que je tremble de vous annoncez la terrible nouvelle, tant je crains qu'il ne soit déjà trop tard. » Ce n'est pas en différant une pareille annonce, rétorquais-je avec ténacité, que vous allez résoudre les choses. Parlez-dont ! « Fort bien. Fort bien. Voyez-vous, dans notre entreprise martiale, nous avons négligé un détail qui en fait n'en n'est pas un.......l'Islande......l'Islande.. » L'Islande !? « L'Islande ! Reykjavik enfin ! ... » Mon dieu l'Islande ! Nous avons oublié l'Islande ! « Mais c'est qu'il s'agit d'un point stratégique ! Plus encore que La Rochelle ! Il faut lettre le cap sur l'Islande ; il faut regrouper l'armée car si ce n'est pas trop tard nous allons devoir livrer une bataille peut être encore insoupçonable. Le plus grand événement du siècle se prépare et nous avons faillit l'oublier !... » Vite ! Vite ! Hurlais-je ; je venais de prendre conscience de la bourde monumentale que nous n'avions pas vu, aveuglés que nous étions par l'ivresse de notre victoire promise. Il faut l'annoncer à nos hommes, ordonnai-je. Il faut réunifier nos troupes, il faut remotiver tout le monde et nous préparer au choc le plus terrible de tout un millénaire ; cette guerre sera notre triomphe ou notre échec. Il en va du destin de l'Europe tout entier. L'Europe sera ou ne sera pas ! Sur ces paroles je m'en retournais dans ma chambre que j'avais quitté. Puis soudain je sentis en moi une voix puissante remonter jusqu'à mes cordes vocales qui s'apprêtaient à dire ; alors je ressortis avec empressement, et comme un symbole, la larme à l'œil, je criais de toutes mes forces dans les ténèbres de la nuit « Cap sur Reykjavik ! » « Cap sur Reykjavik ! » Oui, Cap sur Reykjavik.

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phlaurian 19/04/2009 18:10

vladivostok...