Histoire de l'échec, Préface à la deuxième édition

Publié le par Jovialovitch


 Préface à la deuxième édition

     La tâche fort complexe que je m'assignais en m'engageant dans cette entreprise généalogique, ne fut en fait pour moi rien de plus que la conclusion naturelle d'un intérêt profond pour la chose de l'échec. C'est en effet fort tôt, alors que j'étudiais encore la philosophie à Berlin, que j'en vins à m'intéresser tout à fait par hasard au sujet, guidé en cela par Schopenhauer, dont j'avais lu l'œuvre, lequel me semblait personnifier l'échec dans sa dimension la plus paradoxale et singulière. Je rédigeais à cette époque un insignifiant Traité de l'échec que je dus retravailler à plusieurs reprises afin d'en affiner le style et d'y ajouter davantage d'éclaircissements. Cependant, malgré bien des ajouts et des précisions, il demeurait un défaut majeur que je me refusais pourtant à résoudre pour des raisons clairement exprimées dans la préface que j'ajoutais ultérieurement au dit ouvrage. Ce manque notable touchait l'échec en lui-même ; dans aucune des lignes que comportait l'indigent opuscule, je ne prenais la peine de définir l'échec, sinon de manière négative à la façon plotinienne qui ne pouvant affirmer ce qu'est l'Un, ne le définit que négativement.

     Mon Histoire de l'échec inaugurait donc cette seconde période où je me devais de penser l'échec tel que mon esprit en avait l'idée. Dans ce dessein, je me tournais du côté des artistes, des génies et des philosophes où devait se manifester, loin du vulgaire, une dimension fort intéressante de l'échec et de sa flétrissure.

     Mais je voudrais plutôt revenir sur ce que j'entends par flétrissure de l'échec. La flétrissure de l'échec est fort proche d'un état indécis. Elle n'est pas non plus éloigné d'une certaine médiocrité qui ne parvient jamais à être surmonté, ou dominé. On sait que Dante était fasciné par ces personnages audacieux, qui transgressent, à la manière d'un Ulysse, ou de façon plus significative, avec Paolo et Fransesca ; en ce qui nous concerne, se sont précisément les indécis, les personnages dépourvu d'audace qui nous fascinent, et ce parce qu'il sont marqué du seaux de l'échec ; leur champ d'action, qu'il soit aussi grand qu'on le veut est partout immergé dans l'échec radical. Bien sûr l'artiste fait l'expérience de cela ; de même que n'importe quel autre créateur, seulement l'artiste, parvient à dépasser cet échec ; il parvient à émergé. Le cas le plus significatif est peut être Proust lui-même qui au terme de sept romans surmonte un échec qui le tenait perdu, tel Dante, dans une forêt indistincte, obscure, vaporeuse, et qui finalement va s'éclaircissant. L'artiste réussit ce que le commun ne parvient pas à faire ; il combat l'échec en même temps qu'il créer, de sorte que toute son œuvre se déroule dans une tension où l'échec est peu à peu réduit, vaincu, dépassé. On retrouve dans toute œuvre ou chez tout génie une façon bien singulière de se démarquer de l'échec, parce qu'il est flétrissure, parce qu'il ronge, et ce avec une telle puissance qu'il faut bien user de toute son industrie pour se débarrasser de cette chose gluante et mordante, de la chose infâme !

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phlaurian 18/04/2009 23:42

hey! je suis de plus en plus content de ce que je trouve dans vos deux-trois lignes quotidiennes les poteaux, y'a des idées (noyées parfois sous le manque de temps à leur consacrer, j'ai le même problème) moi je veux voir ce que ça va donner dans quelques années...