Les Carnets du dictateur, le régime de La Rochelle

Publié le par Jovialovitch


 

« Je n'ai qu'un but »


11 de avril

     Voilà qu'en à peine une semaine, j'ai repris en main tout mon navire, ainsi, de même, toute ma destinée que je compte menée maintenant, d'une poigne inébranlable aussi loin que je l'en crois capable, c'est à dire dans des océans où nuls n'est encore allé, d'ailleurs qui pourrait avoir l'audace d'aller dans autant de danger, et dans une mer où la seule loi est la tempête. Je n'aurai besoin que de peu de temps. J'ai reconstitué une armée digne de celle d'un Napoléon ou d'un Alexandre. Mes hommes sont d'une motivation sans égal ; leur but ? Le mien ? Nos ennemis ? En vérité je n'ai qu'un but, c'est également le leur, et ce n'est pas de me battre contre des adversaires ; où trouver de nos jours de dignes rivaux ? Non, non, non, je vais lancer mon armée sur l'Europe entière et je veux leur apporter une chose bien que personne ne me l'ai jamais demandé ; qu'importe, je veux mourir avec un peu d'honneur, or jusqu'à ce jour, j'ignorais ce que pouvait signifier de mot divin.

     Le premier ordre que je donnais fut de prendre La Rochelle. J'y faisais une entrée triomphante en début de semaine et j'y installais mon siège permanent ainsi que mon régime qui désormais prenait le nom fort élégant et par ailleurs qui me procure des spasmes – encore tandis que je rédige ces quelques notes – de volupté ; le régime de La Rochelle qui sera à partir de ce jour inscrit dans les tablettes de l'histoire et qui résonner a comme la chose la plus glorieuse, bien loin de ce régime de Vichy sur lequel je n'ai entendu que des blâmes ou du moins d'antipathiques jugements qui me rendaient à l'époque fort triste car Vichy était un nom de ville fort décent, mais enfin, je l'admets, rien ne vaut elle, qui ? La Rochelle !

     De La Rochelle, nous commençâmes à envahir toute la côte Atlantique ce qui fut fait avec tant de facilité que c'est à croire qu'aucune résistance nous était infligée ; précisément, je crois que personne ne nous montra quelque hostilité à notre encontre, pas même ressentimenteuse. Alors, très vite, au milieu de la semaine, nous faisions notre entrée sur le territoire hispanique. Il s'agissait d'être prudent mais c'est sans trop de difficulté que nous atteignîmes la capitale et que nous prîmes le pouvoir par un coup d'État magistral qui fut ma première œuvre en tant qu'empereur autoproclamé. L'armée tenta de s'interposer mais mes hommes étaient trop nombreux et bien trop entraînés pour qu'une bande de bonne femme réussisse à les empêcher d'accomplir leur œuvre salvatrice.

     Stratégiquement, il était absolument nécessaire de s'emparer au plus vite de Paris ; c'est ce que nous fîmes parallèlement à notre offensive en péninsule ibérique. Toute la France est à présent occupée ; et la Corse s'est ralliée à notre cause. Il faut faire vite car nous n'avons que peu de temps pour conquérir le monde. Mais la chance semble être de notre côté car nous rencontrons si peu de complications ; et puis il semble qu'il y ait beaucoup de trouble dans la tête des populations Le président français a été tué mais j'ai décidé de laissé en vie sa femme. Je ne me permettrais jamais de toucher un seul cheveu de la première Dame de France, au non, jamais au grand jamais. En revanche, je projetais de ne point épargner le reine d'Angleterre.

     Jusqu'à ce soir, tout semble bien engagé. Je crois que tout le monde est dépassé par la folie des événements et je crois que même les États-Unis ne daignerons pas venir en aide à leurs collègues européens. Quoiqu'il en soit, l'Angleterre va bientôt tomber dans mes propres mains, et mon Empire prend forme ; je crois que je n'échouerais pas, non impossible, nous sommes bien trop préparé à cela, et mon armée, voyez-là, elle compte autant de héros que toute l'Illiade ; et puis enfin, n'ai-je pas une muse ? N'ai-je pas La Rochelle ? C'est là mon seul amour, mon seul but ; et je n'ai qu'un but.

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