Louis Vidal, nous voilà ! - De Clovis à Sarkozy (8/10)

Publié le par Jovialovitch


13.

 

NEKUIA – 8/10

La grande illusion

 

      Et dès lors, la flamme se fit plus petite, moins chatoyante – endormie. La bruine des plaines du nord l’atteignait en plein cœur ; et à partir de 1815, la France semblait brûler sans volonté, juste pour continuer de brûler encore et encore, comme pour se prouver à elle-même l’axiome de son éternité. Et le feu se faisait petit-bourgeois, fadasse et exigu, suivant le vent, qui l’emportait de monarchie en république, d’Empire en dictature. Et si les flammes montaient haut, très haut, c’était en déclinant. Et il furent nombreux les hommes qui se succédèrent devant Louis Vidal. Des rois, des empereurs, des présidents du conseil !... à ne plus savoir qu’en faire !...La France n’était plus en accord avec elle-même ; son feu hésitait à choisir sa bûche. Et puis soudain, venu de l’est, une grande pluie vint s’abattre sur le feu fraternel de la France : un vent rageur, puissant et prussien, qui ravageait tout sur son passage mortifère. Louis Vidal avait peur, terrifié qu’il était : quel était donc ce grognement sourd qui montait des entrailles de la terre ? De quels tristes augures se faisait-il l’annonciateur ? C’était un Empire de fer et de sang qui s’en venait de l’Est : un Empire de gloire et de vigueur, un empire jeune et viril… l’Allemagne !... Il se tenait droit, immobile derrière le Rhin, fière et martial. Et la France voulait rivaliser avec ce jeune teuton prétentieux ; et à son tour, elle bombait le torse. Et déjà l’éclat de son feu se fit plus vif et plus ardent ; elle brûlait de rage, de haine et de colère. Et tandis que les deux nations restaient face à face, suspendues d’exaspération et de rivalité : voici que sous le pont du Rhin, surgissait d’entre le fracs grouillant d’une explosion cataclysmique, trois horribles sorcières !... Et Louis Vidal ne pu retenir un cri affreux devant ce diabolique trio de viles furies, gorgones de basse vertu, qui voletaient entre le France et l’Allemagne, en exaltant de leur odeur putride, la mort et le courroux. « Coucou !... Bon Louis Vidal ! disaient-elles en cœur : nous sommes les trois putains qui mettent du sang sur les chiffres de l’histoire et qui souillent les peuples des plus abominables crimes de la création !... » Et Louis Vidal, pétrifié de peur et d’effroi devant ces harpies maudites, fossoyeuses du bonheur des peuples et de la paix des nations, destructrices de tant de génie et de beauté, nuisibles fléaux de l’humanité qui crachent la mort, la souffrance et la faim, hurla soudain leur nom, à ces catins qui font de l’histoire un cauchemar : « Les trois guerres franco-allemandes ! » Et elles se mirent à rire, de leur dents pourris, en faisant jaillir dans l’air leur haleine de fosse commune. Et le feu de la France frémissait de terreur et de rage, et celui de l’Allemagne aussi. Et voilà les trois guerres qui explosaient de fureur, et qui déversait le sang de part et d’autre du Rhin : et des âmes par milliers se trouvaient emportées, ensevelies sous les tranchées, mortes  pour rien dans la terre et dans la souffrance, dans des degrés de barbarie que le monde n’avait jamais connu, et que seule de grandes nations, nimbées d’un génie tel que celui de la France et de l’Allemagne, pouvaient lui offrir… Et toutes les batailles n’étaient que revers, des deux côtés ; même les plus glorieux triomphes étaient pourris, et les deux nations ne faisaient que gagner des défaites, ou perdre des victoires ; et tout ne débouchaient que sur l’envie de revanche ; et la haine allait grandissante !... Emportées dans l’exécration qu’elles se portaient l’une envers l’autre : les deux nations sacrifiaient leur jeunesse, leur terre, leur beauté, dans l’absurdité destructrice de conflits sans fin ni sens !... Et Louis Vidal hurlait sous le bourdonnement des bombes et des charges chevaleresques, crevant de voir ses frères mourir pour rien, sous les ordres d’un tigre despotique !... et le triomphe de la mort le traumatisait : et le feu de la France crevait de trop brûler, et l’Allemagne, fulminait de sa flambe colérique !... Et poussant dans le bulbe glauque de l’hostilité, jamais la souffrance des hommes ne fut plus grande. Et à mesure qu’allait la Progrès et l’avancée des temps : plus les trois mégères franco-allemandes emportaient d’homme et de nations derrière elles ; et bientôt, dans la fracas de leur rire et de leur réjouissances ignobles, c’était l’humanité entière qui se trouvait entraînée dans la guerre… Alors Louis Vidal s’effondra… Et les guerres de 1870, de 14-18 et de 39-45 venaient le tourmenter, le griffant de doute et d’incompréhension… « Mon dieu, se disait-il, j’aime un monstre !... Combien d’hommes et de femmes la France a-t-elle assassiné !... Combien de sang différents souillent l’étendard sacré de la patrie ?... Est-ce ainsi que bourgeonne la fraternité ? Est-ce ainsi qu’il faut aimer les siens : en détestant les autres ?... Ah ! Comme je doute à vous entendre, comme mon crâne s’incline, maudites gorgones, sous le poids de cet phrase atroce, despotique, que vous me criez à tue-tête : Périsse l’humanité, pourvu que ma nation triomphe ! »

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