Louis Vidal, nous voilà ! - De Clovis à Sarkozy (7/10)

Publié le par Jovialovitch


13.

 

NEKUIA – 7/10

Che Coglione !

 

        Et 1789, la grande, la furie, la stupeur du monde, déchaînait derrière elle la grande flamme de la France, qui n’était plus qu’explosion et fumée noire. Et le fracas de l’échec s’abattait sur les lauriers des temps jadis ; et des morts, partout, s’accumulaient, et la guillotine attisait souffrance, désastre, guerre et famine de toutes parts… Et toute la décennie avait le goût de ces nuits de suicide, de ces nuits où le cauchemar se mêle au désespoir, où la Terreur étreint le corps tout entier… La France avait fait un tel bond en avant dans la marche des siècles qu’elle ne pouvait plus que chuter, avec fracas, à genoux, victime de sa propre grandeur, de son propre génie ; incapable de supporter le poids et la gloire de ses actes sublimes  !... Et tout chutait en elle, rien ne résistait face à la colossale énergie qu’avait libéré sa révolte ; elle se trouvait emportée par le souffle de son propre cri, blessée par sa propre colère, frappant si fort qu’elle tordait jusqu’à son glaive, dans une fureur qui emportait l’Europe entière, stupéfaite devant ce séisme hexagonale qui déchirait jusqu’à la croûte terrestre. Mais dans ce tonnerre apocalyptique, dans le bruit de ces temps tourmentés, voici que germait le plus grand homme que la France devait connaître, la plus grand génie politique et militaire que la terre ai jamais porté. L’homme au bicorne, celui qui venait de Corse, celui qui se tenait dans le désastre, droit, jambes écartées, et qui portait les habits de la Révolution. Celui-là même qui fut empereur mille ans après Charlemagne, celui-là dont la vie fut la plus intense de toutes les vies jamais vécues : Napoléon Bonaparte ! « Salut, Louis Vidal !... Oui, certes, c’est bien moi !... Ah !... Moi qui fut premier consul, moi qui fut empereur !... Moi qui fit pousser dans cette France ravagée comme un champs de bataille, épuisée de souffrance et de chambardements, le germe définitif de la modernité !... Moi qui est brisé le silence, moi qui suis la rupture centrale dans l’histoire de ce monde !... Moi qui suis le Grand Homme par excellence, celui-là même qui fait tourner le vent et qui brise avec fulgurance les portes fermées que rencontre sur son âpre chemin la communauté humaine !... Et moi, Louis Vidal, moi qui suis tout cela, je suis avant tout français… français, Français : Français au firmament du ciel, Français devant l’histoire et devant les hommes, Français jusque dans mes dernières larmes versées à Sainte-Hélène !... Ah ! Français, je ne le suis pourtant pas vraiment. Je viens de Corse, et moi qui te parle, j’ai été élevé dans la plus pure italianité, dans le respect, l’admiration et l’attente insensé de ce vaste Empire qui fut à Rome, ville éternelle où j’aurai du naître. Mais le destin a voulu que le ciel m’enfante sur le sol sacré de la France. Et parce que la France est chose universelle, parce que des révolutions lui avait donné l’envergure des grands peuples, parce qu’elle se trouve en première place dans le panthéon des nations, parce que c’était elle, parce que c’était moi : alors j’ai pu me réaliser, et embrasser l’histoire comme jamais aucun homme ne l’avait fait avant moi !... Et c’est ainsi que la grande épopée humaine, commencée en Grèce, avec Alexandre, poursuivie en Italie, à Rome, avec Jules César, et ses successeurs, s’achève en France, oui en France, à Paris, avec moi : son empereur !... Mon dieu, quelle aventure, quelle épopée !... Nous avons pris dans nos bras les grands idéaux que le Révolution avait fait scintiller dans le ciel de France, nous nous en sommes faits ses défenseurs les plus ardents : et nous sommes partis à la conquêtes de l’humanité, et nous avons entamé la plus grande aventure humaine de tous les temps… Et en dix ans, l’Europe continentale était à la France, et à ses valeurs : parce que la France c’est universel ! J’avais l’histoire dans mes mains !... J’avais tout : l’avenir était à moi ! Jamais la France ne fut plus vaste et puissante que sous mon règne : arrivée au paroxysme de sa gloire, et l’universalité de ses valeurs mariée à l’étendue de son territoire… Et rien n’était plus respecté et craint que notre Empire… je me voyais qui trônait dans l’azur, pour la nuit des temps ! Mais où étais-je ? Que faisais-je ?... Jamais une armée n’alla aussi loin que le mienne : de Trafalgar à Moscou, quelle œuvre ! Et des lois, et des routes et des villes, et des peuples ! J’ai accouché du monde moderne : c’est la France qui est la mère du monde tel qu’il existe aujourd’hui !...  Je te le dis Louis Vidal : j’ai porté la France là où personne ne l’avait jamais porté : et pourtant ce pays n’était pas le mien, certes, mais ce pays qui n’était pas le mien, c’était la France !... Et en quelque années, cette œuvre si sublime, cet Empire semblable à celui de Gengis Kahn, à celui de Trajan, à celui d’Alexandre, cet empire : le voilà qui s’effondra, sous le feu de l’hiver, en quelques mois, tout s’évanouit !... Et l’Empire ne semble plus qu’un souvenir, un rêve absurde, comme une invention… Pourquoi ? Pourquoi, moi qui est tenu le monde dans la paume de main, me retrouve-je sur cet caillou perdu au milieu de l’océan ?... Pourquoi laisse-je une France plus petite que celle que j’ai trouvé ?... Une France qui allait voir son déclin… car je te le dis, Louis Vidal : le déclin de la France, celui que tu veux conjurer en ce jour, ce déclin commence en cette morne plaine… Le déclin de la France commence en 1815 !... Et cet échec,  cuisant, amer : c'est le mien ! » Et se retournant l’empereur se donna une tape sur le front en vociférant contre lui : « Che Coglione ! » Et Louis Vidal regardait l'Empereur s'éloigner, plein d'admiration, fasciné au plus profond de lui-même, et ne pouvant retenir ces mots : « Voici un homme ! »

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