Louis Vidal, nous voilà ! - De Clovis à Sarkozy (6/10)

Publié le par Jovialovitch


13.

 

NEKUIA – 6/10

Liberté, Egalité, Fraternité

 

        Et le grand homme s’en allait ; roi d’exception qui avait vu l’histoire s’écrire à l’encre de ses choix ; et la France sortait épuisée de ce long règne, sans doute trop puissant à porter pour un seul peuple. Ce fut alors un autre monarque qui sortit des flammes, tout emprunt de jeunesse et de fougue, brandissant de ses petits bras de jeune homme le drapeau chatoyant de l’espoir et du renouveau ; il se trouvait beau et bien-aimé par les âmes de tous les français, avant d’être violemment rejeté par elles, souillé des quolibets dédaigneux  que jette la déception. Ce fut alors un troisième roi qui s’avança vers Louis Vidal : le seizième !... Il se tenait fier et droit, nimbé de l’orgueil hautain qu’ont ceux dont le sang – où coulent entre les globules, quelques fleurs de Lys – est le plus léger de tous les sangs. Aussi, Louis Vidal le regardait, ce roi, dans son habit sacré, où se tissait l’ourlet de la grandiloquence ; et, considérant la courbure poupine de son sourire, le plus français de tous les hommes ne pu s’empêcher de penser, honteusement, il est vrai, que cet homme-là était déguisé, lui qui portait la couronne comme un costume. Et il ne bougeait pas, ce pauvre roi, qui sentait derrière lui tournoyer le souffle brûlant d’un incendie pire que tout ceux de Rome, de Londres ou de Lisbonne, et qui restait pétrifié dans une expression niaiseuse et stupide, où se lisait la panique et l’impuissance. Il suait ce pauvre roi, il clignait sans cesse des yeux, souriant, bêtement, avant de voir sa cape immense s’enflammer, ainsi que tous son habits, puis, lui-même. Et il hurlait, le roi, torche humaine royale, dont la tête finit par tomber, détachée du corps sous l’effet de la chaleur !... Et alors, soudain, une ombre venue de nulle part saisit cette tête et la brandit comme un trophée !... Et Louis Vidal reconnu l’esprit de celle qui avait inspiré la grande, l’inoubliable et suprême Révolution Française ! « Salut à toi !... plus français de tous les hommes !... Je suis la Grande Révolution !... 1789 ! De l’histoire de France, je suis la date suprême, et le plus cruciale de tous ses chapitres, je me targue d’avoir écrit. Oui, de Paris à Marseille : ce peuple français j’ai soulevé, et d’un unique cri je l’ai fait crié, ainsi qu’un seul homme tout exalté. Vois-tu, Louis Vidal, rien n’est plus beau que de voir une nation qui se lève !... Je me fiche bien moi, de Monarchie Constitutionnelle, de République, de Directoire, ou de Consulat !... La nation me fascine. Et vois-tu, j’ai donné à celle-ci, que j’aime – ô que je l’aime – ce qui lui manquait encore : son caractère universelle ! J’ai parachevé l’œuvre que le millénaire qui me précédait avait entamé !... J’ai arraché ce noble mot, « France » à sa dimension géographique ou territoriale,  à son caractère constitutionnel, changeant et incertain. Aussi, ai-je élevé ce nom à une certaine idée. J’ai fait de la France quelque chose d’immense parce qu’au-delà du monde !... J’ai crée des valeurs, qui sont françaises, absolument ; et celle qui me tient le plus à cœur, celle qui a vu mon éclosion, celle qui m’a pousser à naître, c’est l’Egalité ! » Et c’est alors qu’une seconde révolution, plus courte, plus fugace, comme la petite sœur de la première, comme sa continuité, comme coulant du même sang ou de la même force, arriva, et clama à son tour : « Et moi, celle que j’aime le plus au monde, celle dont je suis la fille, c’est celle qui guide le peuple : la Liberté ! Liberté chérie, conduis ta défenseuse !... Laisse-moi, sous le ciel bleu du mois de Juillet, étaler mes trois glorieuse journées, pendant lesquels je renverserai tout ceux qui te menace !... » Et Louis Vidal se sentait exalté par cette seconde au sein nus qui criait au vent, à l’histoire et aux hommes : « Liberté, liberté ! » Et dans son sillage, ce fut une troisième, la dernière qui arriva, sublime, poétesse et quarante-huitarde : « Oui, la liberté, oui, l’Egalité ! Mais l’une et l’autre ne se peuvent tenir droites, dans la même société. Il faut une troisième valeur : la troisième marche du perron suprême, qui mène à l’absolu, qui mène à la France, dans ce qu’elle a de plus intemporel, de plus idéal : je parle de la Fraternité !... Oui ! La fraternité, mes sœurs, mes frères, mes miens !... La liberté, si belle, et si aimée, crée aussi le conflit, et la lutte, et le désordre ; il faut de l’égalité, celle qui contiendra la fureur de la liberté, et qui fera que nous pourrons vivre ensemble ! Car tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit !... Mais pour que l’une n’étouffe pas l’autre (car Liberté et Egalité sont contradictoires, et plus il y a de l’une, moins il y a de l’autre), pour que les deux se puissent tenir dans le même peuple : il faut de la fraternité ! J’ai dit ! C’est la solution ! La couronne qui sanctifie tous le reste, et qui rend possible la plus merveilleuse combinaison de la création !... » Et toutes les trois, ensemble, dans une seule exhortation, dirent la phrase sublime, devise inoubliable qui dépassait le temps, les hommes et les frontières, pour éclater comme le plus beau poème du monde, matin dans l’horreur de la vie, chemin fleurit dans les glèbes de la désolation : « Liberté, Egalité, Fraternité » Et Louis Vidal pleurait de joie et d’amertume. Ce qu’elles venaient de dire, ces trois Révolutions, était sacré, absolument. Dieu, et son Eglise, n’avait plus rien à voir là-dedans ;  mensonges et calomnies que tout cela. La nation : voilà ce qu’il y a de plus spirituel au monde, voilà ce qui existe avant, pendant, et après nous, voilà ce qui nous réalise parmi la foule, voilà d’où vient la sublimation pour chacun, voilà le feu qui réchauffe le cœur et reçoit nos prières ! Voilà la Vérité. La nation est sacrée : la sauver, c’est là le Sacrifice absolu ; la trahir, la quitter, s’en séparer, c’est sacrilège !... « Oui, se disait-il, sans la nation, la vie serait une erreur, une besogne éreintante, un Exil ! »

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