Partager l'article ! Brel - Ferré - Brassens: A gauche, Jacques Brel – il fume, l’abbé. Avec sa coiffure de Don Quichotte, ...
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||



A gauche, Jacques Brel – il fume, l’abbé. Avec sa
coiffure de Don Quichotte, et sa tronche de rossinante. Celui qui s’effare, suant dans le noir de l’Olympia ; celui qui vibre. Jacques Brel, c’est l’émotion ! C’est un cœur qui
flambe – une voix de cendre : « Ma mère, voici le temps venu, d’aller prier pour mon salut ! » Diction de flamme : brûlante, acérée, accrocheuse. Inimitable. Une voix en
noir et blanc ; austère et profonde ; une voix du Nord et de la nuit. Jacques Brel, le galérien : le fou, le cheval, qui court, qui court !… et la musique qui tente de le
suivre, lui et ses grandes dents, lui et ses grandes mains, qui bouillonnent derrière le micro ! Brel, c’est la sueur, la grimace : la gifle. Le chanteur du choc : la violence
incarnée. Le poète du « contre » ; celui en crise, déchiré, qui brûle – même trop, même mal. Poétique du feu. Brel, c’est un peu la vie : ce sont des mots qui pleurent, et qui
nous font pleurer. Des mots en mouvement, qui sentent le brûlé.
Au milieu, Léo Ferré – il fume, le lion. Avec sa crinière en gestation, et ses dents du bonheur. Léo, l’idole ; un drôle de type qui fait des chansons
pour le diable : Ferré, le damné. Avec sa voix, comme un cri perdu dans la nuit ; sa voix de chien sans maître, ni dieu – ses aboiements. Léo Ferré, c’est la
mélancolie ! Ce sont des phrases désespérées, qui se suivent en pleurant ; qui se délitent, qui s’effondrent et s’abattent sur des quarts d’heure entiers, qui provoquent à l’amour
et à l’anarchie. Ferré : la poésie qui revendique, la poésie qui n’accepte pas ; celle qui chante le malheur, qui fait l’amour et nous plonge dans l’émotion ! Ferré... avec sa
tronche faite pour le spleen ; et sa gueule ouverte – toujours ! Ses chansons vitamines, ses joies sans espoir et ses mots comme le nouveau monde ! Ferré : cet adolescent, qui
chante sa blessure ; ce poète papou qui s’ébat dans l’horreur de la vie, où le chagrin ne se repose pas, où le temps s’en va… Ferré : c’est extra !
A droite, George Brassens – il fume, le vieux. Avec sa pipe, et sa moustache. Son air de pépé. Brassens, et sa guitare ; sa musique de
chêne, sa musique qui sent le bois. Ses sons, dépouillés, dépiautés, sans fioritures, comme des cordons tirés à l’extrême, où ne peux plus rien passer que la musique – chianée, sautillante,
absolue. Et sa voix, aussi – large, vibrante. Une voix qui chante. Qui chante tout : les copains, la liberté, l’amour et la mort. Avec la rigueur et l’alexandrin. Une écriture drastique,
métrique, où ne s’éteint pas le style, où fleurissent frissons et éclairs, où l’on chasse les papillons. Brassens, c’est la verve ! Une œuvre qui sent la terre, qui sent le profond.
Brassens… ça semble venir de loin, de nulle part. Brassens, il y a longtemps. Jamais. Lui et ses rimes ; des mots, des mots, partout ; vers, verts : et le vulgaire devient
sublime ! Brassens, c’est lui et sa guitare ; c’est presque rien. C’est presque tout…. C’est l’essentiel. Brassens : intemporel – à travers ciel !
(oui bon j'essayais de reprendre discreto l'alitération en P, c'est beauf)
Ginsberg!
et puis c'est tout!
Rangez vos brelles, ferré, et autres brasseurs.
Joli!