1.
Aïdigalayou demeura longtemps avec ses deux disciples qui lui vouaient une vénération
sans borne, ceux-ci écoutèrent d'ailleurs si attentivement leur maître qu'il fut convaincu qu'on avait ici eu le pressentiment Jovial. Ils furent ainsi fort ravis d'entendre Aïdigalayou
parler en ses termes : « Mes amis, je ne m'adresse qu'aux carpatistes. Il n'y a vraiment qu'eux qui peuvent entendre et porter comme il faut ma
pensée indocile et indolente ; et encore, peut-être que ma philosophie n'est faite que pour moi, que pour moi seul ; mais permettez que je vous dise la chose première, fondement de toute
entreprise de déferlement Jovial sur vos corps endeuillés : Ne cherchez pas à savoir qui vous êtes ! On ne le sait que trop, qui on est ; ce qui
nous occupe n'est-ce pas d'être qui l'on est plutôt que de le chercher ? Mais si, mes amis ! Toute entreprise de recherche intérieure n'amène à la haine de soi, et vous le savez-vous, qui êtes
mes fidèles ; n'y-a-t-il pas longtemps que vous dites : « se connaître soi-même ? ignoble pantalonnade ! » Ce que demande l'humble Aïdigalayou, c'est de s'exalter devant soi pour en
finir avec le retour sur soi, car le retour sur soi n'est rien d'autre qu'une haine du moi, je viens de vous le dire. Conservez votre haine, mais oubliez au moins votre moi, oubliez-le pour
qu'enfin vous soyez celui que vous êtes vraiment. La meilleure façon de connaître qui l'on est est encore d'être celui-ci. Je vous en conjure carpatistes, ayez l'audace de rire de votre moi comme l'on rie d'une vieille saucisse ! »
2.
« Et Jovial ? C'est le cri viril et instinctif de votre libération ! Oui, ça aussi vous l'avez compris. J'aime voir ces visages qui rayonne de toute l'insolence et de toute la malice
que j'apporte derrière mon ample nez, mes yeux affligés, et mon auguste sourire ! Mes amis, faites-moi la promesse de ne pas oubliez une chose, c'est que vous êtes libres ; et que vous êtes même
dans une libération incessante, voilà qui il est mon Jovial, une libération incessante et grandissante de votre moi qui inflige au monde une
puissance créatrice qu'il n'a pas même imaginé, ce pauvre monde endormi par votre faute ! Changez immédiatement le ton de votre vie : qu'il soit immédiatement Jovial. Voilà ensuite comment sera le monde, une sphère où rien n'aura plus de valeur que ce qui compte résolument. Et la liberté est pour vous un joyau sublime, comme elle
le fut parfois, jadis. Pour vous carpatistes, la liberté est si belle parce qu'elle contraint ; elle est le fruit de votre exigence, de votre
audace d'être digne comme on dit là-haut , au sommet du Pic de la Gaudriole ; ainsi cette liberté, elle vient à vous comme un vent fort et viril ; elle
vous souffle dans les bronches, mais vous êtes aussi puissant qu'elle, alors, au lieu de vous terrasser, elle est pour vous la plus divine offrande, le miel le plus parfait, c'est une nécessité
première, tandis que pour les autres, chez ceux qui en sont avides comme d'impudentes hyènes, elle n'est que la source du plus certain épuisement dans le plus profond confort. La liberté que je
vous enseigne, mes carpatistes, c'est celle qui contraint à la victoire, à mon beau Jovial au
nom duquel toute une architecture s'éclaire, tout un édifice fait de musique et de soleil ; Jovial ! Jovial ! Jovial ! »
3.
« Le Jovial mes amis, voilà une musique sublime. C'est en écoutant Jovial comme une symphonie jupitérienne, comme un opéra absurde et
frénétique que l'on saisi la dimension de cette chose informe et souriante ; la fougue, c'est un mot qu'Aïdigalayou aime comme une belle femme. Et sait-on les conséquences qu'une belle femme
provoquent ? Elles sont infinies, démesurées, folles ! Eh bien le Jovial est une belle femme ; ainsi est-il la musique poignante qu'écoute votre
âme inlassablement carpatiste. On ne dira plus, « J'écoute de la musique », mais
« J'écoute Jovial » ; je ne fais pas de différence entre la musique et Jovial. »
Volontés d'agir