Aïdigalayou sentait en son cœur du deuil et comme il s'éloignait inexorablement des
glaciers et des neiges de sa montagne, il voyait se détruire tout l'édifice passé de sa joie qui se mourrait dans les brumes et les forêts où il avançait toujours davantage, apportant à lui les
tourments et la fatigue car Aïdigalayou avait choisit d'aller vers les hommes. Il était passé par moult collines et maintes plaines et il avait suivi Christophe Point. Cependant, comme il
talonnait ce dernier, il s'aperçut que son œil brillait. Et lorsque ils parvinrent tous deux à la lisière du bois, il s'arrêtèrent. « Pourquoi votre œil brille comme un diamant précieux,
pourquoi brille-t-il comme l'œil du serpent ? pourquoi scintille-t-il comme l'œil du chat dans la nuit ? » demanda Aïdigalayou. Christophe Point ne répondit pas, mais Aïdigalayou
saisit le sens de son silence et parla en ses termes à son cœur : « Malheur à moi ! Pourquoi Christophe Point veut-il être psychologue ? Pourquoi veut-il me juger ? Et pourquoi veut-il me
faire pleurer ? Cet homme est-il donc vraiment si fin et rempli d'acuité ! Il semble que son œil demande « qui es-tu Aïdigalayou ? » Mais parviendra-t-il à comprendre qui je suis, moi,
Aïdigalayou, seigneur solitaire et haut-perché de ma montagne, Maître en mon pic des choses de la nuit et du jour, musicien des Carpathes et vieux sorcier impénétrable qui se déploie en avalanche
et qui quitte ses attributs et sa montagne dont je meurs. » Il semblait que l'œil de Christophe Point brillait plus encore mais Aïdigalayou demeura silencieux et ils repartirent car le
crépuscule du deuxième soir de le deuxième journée allait s'abattre sur le cœur chantant de Christophe Point et Aïdigalayou était tout brûlant de fièvre.
En marge de la forêt qu'ils laissaient loin derrière eux, il y avait une maison
abandonnée dans laquelle Aïdigalayou et son guide se réfugièrent pour la nuit car ils étaient forts fatigués. Christophe Point s'étendit parmi la paille qu'il rassembla sur le sol poussiéreux
tandis qu'Aïdigalayou disposa du lit et des lourds édredons qu'il réunit sur son corps grelottant. La fatigue l'accaparait, pourtant, quand il s'aperçut que l'œil de Christophe Point ne brillait
plus, Aïdigalayou médita longtemps sur cet homme.
LE SONGE D'AÏDIGALAYOU
Comme Aïdigalayou se trouvait seul éveillé sous la lune, et que Christophe Point s'était
retiré dans son sommeil, il fut mélancolique et médita ainsi :
« Ô Christophe Point !
Premier homme parmi les hommes,
Guide éthéré en ce royaume
Ô Christophe Point !
Œil scintillant, joue pourprée.
Nez malicieux, cheveu bouclé
Ô Christophe Point !
Souviens-toi de ce jour où je t'ai vu
Souviens-toi de mon visage saugrenu
Ô Christophe Point !
Pourquoi m'examiner, tu me tus,
Et dis-moi plutôt qui es-tu
Ô Christophe Point !
En vérité je ne sais que trop qui tu es
Le poète, le chanteur et le geai
Ô Christophe Point !
Mes songes se dispersent et je revis
Et te voilà, toi, qui te réjouis
Ô Christophe Point !
Volupté
Et lascivité
Ô Christophe Point !
Pureté
Et sublimité
Ô Christophe Point !
Oui le soleil chauffe ton corps endormi
Nous allons repartir et je n'aurai point dormi
Ô Christophe Point !
Nous repartirons loin de nous pour mieux nous trouver,
En écoutant le silence, le long silence de l'éternité.
Comme Christophe Point se mouvait dans sa couche, Aïdigalayou se tût et pleura beaucoup,
il avait les yeux humectés de larmes, car tel Bernadette Soubirous éblouie par le visage de la Vierge, Aïdigalayou était éblouit par le visage de Christophe Point, l'étonnant
Christophe Point.
Volontés d'agir