La solitude, la solitude et l'isolement. Seul emprisonné parmi des étrangers, des étrangers que je ne connais pas, que
je ne comprend pas car, en effet, ils ne parlent pas ma langue, je tente d'exister néanmoins. En vérité j'ignore si ce n'est pas moi qui ne parle pas leur langue, plutôt qu'eux qui ne parleraient
pas la mienne ; de même, n'est-ce pas moi l'étranger, plutôt qu'eux ? Je suis un éternel déraciné et condamné à errer de tout temps, seul avec mon ombre, dans un océan où je surnage comme une île
déserte flotte dans une immensité bleue de pleins et de déliés.
Le sentiment qu'éprouve l'apatride qui ne cause que dans le désert sans fin, n'est autre qu'un déclin accéléré où
chaque jour et chaque nuit se confondent, où la vie semble une ligne droite sans les rideaux noirs de la nuit, sans ces intermèdes nécessaires à la survie de l'espèce.
Pauvre de moi ! Ma souffrance est d'autant plus grande qu'aucun de mes contemporains ne me fait signe. Je suis
désespéreraient seul et sans échos ; je ne peux même être entendu puisqu' aucune oreille ne sait mon dialecte. Je suis né posthume.
Eux m'ignorent et moi je les observe ; leur manège incessant, leurs festivités, etc. Il semblerait que tous
s'esclaffent, rient, forment une farandole unie où circule alcools et tabacs, où dansent hommes et femmes, dans les arpèges et les contrepoints et les tessitures vocales des chanteuses exaltées.
Et moi banni de la civilisation, je gît comme mort, en exil permanent vers des nulles parts éternels, je vagabonde immobile et j'attends.
Et je souffre puisque je ne vois aucun vide, je ne vois point d'endroit où il n'y ait pas quelqu'un, et pourtant ce
trop-plein est vide, parfaitement vide ! Au secours.
Vient alors le moment où je me révolte ! où je refuse ma condition d'immortel, d'en "français dans le texte", de
solitaire et de déchiré. Pourquoi faut-il que ça soit tombé sur moi ?! Pourquoi ne suis-je pas en anglais dans le texte, comme tout le monde ? Oui cher journal, tu l'as compris, j'ai besoin
d'unité. Mon royaume pour une part d'unité, rien qu'une toute petite. Je suis le dépossédé, le crucifié qui souffre sans mourir et dont on refuse la libération ; je suis Sisyphe, et le premier
qui m'imagine heureux, je lui détruis la tête !
Je suis victime du sort, de n'importe quoi ; je ne puis accepter ma condition, ni même la dépasser d'une quelconque
façon car je suis prisonnier et mon maître est l'ordre du monde. Et ne compter pas sur moi pour le changer, moi j'y touche pas à ça, à l'ordre du monde, pas envie d'avoir des emmerdes
après ; je préfère largement changer mes désirs.
Je ne sais pas si je suis devenu fou où si une solution existe, histoire de m'en sortir. Enfin il y a quand même une
chose qui me fait bien rire quand j'y pense : je suis condamné, mais à rien du tout ! Comme si on condamnait à mort un homme et qu'on le gardait en prison pour toujours. Si c'est pas con tout ça
! Moi je m'esclaffe.
Bon j'arrête là, je vais me pisser dessus.
Volontés d'agir